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John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

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komyo
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John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par komyo le Lun 11 Juin - 15:34

Spoiler:
Comme la plupart des Anglais, j’ai été élevé dans le respect du libre-échange, considéré non seulement comme une doctrine économique qu’aucune personne rationnelle et instruite ne saurait mettre en doute, mais presque comme une composante de la morale. Je considérais les entorses à ce principe comme stupides et scandaleuses. Je pensais que les inébranlables convictions de l’Angleterre en matière de libre-échange, maintenues depuis près d’un siècle, expliquaient sa suprématie économique devant les hommes et sa justification devant Dieu. En 1923, j’écrivais encore que le libre-échange s’appuyait sur des “vérités” fondamentales qui, énoncées avec les réserves d’usage, ne pouvaient être contestées par quiconque comprend le sens des mots.

Quand je relis ce que j’écrivais alors à propos de ces vérités fondamentales, je ne pense pas être en contradiction avec moi-même. J’ai cependant changé d’orientation, comme beaucoup de mes contemporains. Ma connaissance de la théorie économique a de fait évolué, et je n’accuserais plus Monsieur Baldwin, comme je le faisais alors, d’être“une victime de l’erreur protectionniste dans sa forme la plus grossière” parce qu’il pensait, dans les conditions qui étaient celles de l’époque, que des droits de douane pouvaient aider à réduire le chômage dans notre pays. Mais c’est autre chose qui m’a fait changer d’avis : mes espoirs, mes préoccupations et mes craintes ont changé, comme ceux de beaucoup, voire de la plupart des gens de notre génération, dans le monde entier. C’est un long processus, que celui de s’arracher à des modes de pensée qui étaient ceux d’avant la guerre, ceux du XIXe siècle. Il est surprenant de constater combien un esprit traîne d’oripeaux obsolètes même après avoir changé ses conceptions centrales. Mais aujourd’hui enfin, après avoir parcouru un tiers du XXe siècle, nous sommes, pour la plupart d’entre nous, en train de sortir du précédent, et d’ici que nous arrivions à la moitié de ce siècle, il se peut que nos façons de penser et nos préoccupations soient aussi différentes des méthodes et des valeurs du XIXe que chaque siècle a pu l’être du précédent.[…]

L’ouverture internationale n’est pas facteur de paix

D’abord, la question de la paix. Nous sommes aujourd’hui pacifistes avec une telle force de conviction que si les tenants de l’internationalisme économique pouvaient l’emporter sur ce point, ils retrouveraient vite notre appui. Mais il n’est pas évident que concentrer ses efforts sur la conquête de marchés étrangers, introduire dans les structures économiques d’un pays les ressources et l’influence de capitalistes étrangers et dépendre étroitement des politiques des autres pour sa propre vie économique garantisse la paix entre les nations. L’expérience et la prévoyance nous permettraient même d’affirmer le contraire. La protection par un pays de ses intérêts à l’étranger, la conquête de nouveaux marchés, le développement de l’impérialisme économique, sont les éléments incontournables de la politique de tous ceux qui veulent maximiser la spécialisation internationale et la diffusion géographique du capital, où que soit installé celui qui le possède. Si l’on pouvait éviter les fuites de capitaux, les politiques intérieures seraient plus faciles à déterminer. Il y a un véritable divorce entre les propriétaires et les vrais gestionnaires lorsque, par suite de la forme juridique des entreprises, leur capital est réparti entre d’innombrables individus qui achètent des actions aujourd’hui, les revendent demain et n’ont ni la connaissance ni la responsabilité de ce qu’ils ne possèdent que peu de temps. C’est déjà grave à l’intérieur d’un pays, mais les mêmes pratiques étendues à l’échelle internationale deviennent intolérables en période de tension – je ne suis pas responsable de ce que je possède et ceux qui gèrent mon bien n’ont pas de comptes à me rendre. Un calcul financier peut montrer qu’il est avantageux pour moi d’investir quelque part dans le monde où l’efficacité marginale du capital est maximale ou bien le taux d’intérêt le plus élevé. Mais on voit à l’expérience que le fait que le propriétaire soit éloigné de la gestion est préjudiciable aux relations entre les hommes, et que cela provoque tôt ou tard des tensions et des inimitiés qui finissent par réduire à néant les calculs financiers.

Je me sens donc plus proche de ceux qui souhaitent diminuer l’imbrication des économies nationales que de ceux qui voudraient l’accroître. Les idées, le savoir, la science, l’hospitalité, le voyage, doivent par nature être internationaux. Mais produisons chez nous chaque fois que c’est raisonnablement et pratiquement possible, et surtout faisons en sorte que la finance soit nationale. Cependant, il faudra que ceux qui souhaitent dégager un pays de ses liens le fassent avec prudence et sans précipitation. Il ne s’agit pas d’arracher la plante avec ses racines, mais de l’habituer progressivement à pousser dans une direction différente.

Pour toutes ces raisons, j’ai donc tendance à penser qu’après une période de transition, un degré plus élevé d’autosuffisance nationale et une plus grande indépendance économique entre les nations que celle que nous avons connue en 1914 peuvent servir la cause de la paix, plutôt que l’inverse. De toute façon, l’internationalisme économique n’a pas réussi à éviter la guerre, et si ses défenseurs répondent qu’il n’a pas vraiment eu sa chance, son succès ayant toujours été incomplet, on peut raisonnablement avancer qu’une réussite plus achevée est fort improbable dans les années qui viennent.

Coûts et avantages du patriotisme économique

Mais laissons de côté ces questions d’appréciation, où chacun reste attaché à sa propre opinion, pour nous tourner vers un sujet plus purement économique. Au XIXe siècle, le partisan de l’internationalisme économique pouvait à juste titre soutenir que sa politique contribuait à l’enrichissement rapide du monde, qu’elle favorisait le progrès économique, et que faire marche arrière nous aurait gravement appauvris, ainsi que nos voisins. Ceci soulève la question de l’équilibre entre les avantages économiques et non économiques, qui n’est jamais facile à trancher. La pauvreté est une calamité, et les gains économiques un authentique bienfait qui ne doit pas être sacrifié à d’autres, sauf s’il est clair qu’il pèse moins lourd dans la balance. Je pense qu’au XIXe siècle les gains de l’internationalisme économique l’emportaient sur ses inconvénients pour deux raisons. À une époque où de nouveaux continents se peuplaient par une émigration massive, il était normal que les hommes emportent avec eux dans les mondes nouveaux les fruits matériels de la technique du monde ancien, représentant l’épargne accumulée de ceux qui les envoyaient. L’investissement de l’épargne britannique allait permettre aux ingénieurs britanniques d’installer les voies ferrées et le matériel roulant qui transporteraient des émigrants britanniques vers de nouvelles terres et de nouveaux pâturages, et une partie des produits reviendrait légitimement à ceux dont la frugalité avait produit cette épargne. Cet internationalisme économique ne ressemble en rien à la participation prise par un spéculateur de Chicago dans une entreprise allemande, ou à celle d’une vieille fille anglaise dans les investissements de la municipalité de Rio de Janeiro. C’était néanmoins le type d’organisation nécessaire pour permettre la première internationalisation, qui a finalement conduit à la deuxième. Par ailleurs, à une époque où les niveaux d’industrialisation et les possibilités d’apprentissage technique étaient extrêmement inégaux dans les différents pays, on pouvait tirer des avantages considérables d’une spécialisation nationale poussée.

Mais je ne suis pas persuadé qu’aujourd’hui les avantages économiques de la division internationale du travail soient comparables à ce qu’ils furent. Soyons clair : je ne pousserai pas mon raisonnement au-delà d’un certain point. Un niveau élevé de spécialisation internationale est nécessaire dans un monde rationnel, chaque fois qu’il est dicté par d’importantes différences de climat, de ressources naturelles, d’aptitudes naturelles, de niveau de culture et de densité de population. Mais pour une gamme de plus en plus large de produits industriels, et peut-être également de produits agricoles, je ne pense pas que les pertes économiques dues à l’autosuffisance soient supérieures aux avantages autres qu’économiques que l’on peut obtenir en ramenant progressivement le produit et le consommateur dans le giron d’une même organisation économique et financière nationale. L’expérience prouve chaque jour un peu plus que beaucoup de processus modernes de production de masse peuvent être maîtrisés dans la plupart des pays et sous presque tous les climats avec une efficacité comparable. De plus, à mesure que la richesse s’accroît, le logement, les services à la personne et les équipements locaux, qui ne peuvent pas faire l’objet d’un commerce international, prennent une part de plus en plus importante dans l’économie nationale, au détriment des produits de base et des objets manufacturés. Si les coûts de ces derniers produits augmentaient modérément, à cause d’une plus grande autosuffisance nationale, les conséquences ne seraient pas très graves, en comparaison avec les avantages de nature différente. En bref, l’autosuffisance nationale, même si elle a un coût, est un luxe que nous aurions les moyens de nous offrir, si nous le souhaitions.

Y a-t-il assez de bonnes raisons pour que nous le souhaitions ? L’orientation que je développe va peiner nombre de mes amis, éduqués à l’ancienne et à juste titre choqués par le gaspillage et les pertes économiques allant de pair avec le nationalisme économique qu’ils ont connu. Je vais tenter de l’expliquer en des termes avec lesquels ils puissent être d’accord.

Le capitalisme international et néanmoins individualiste, décadent mais dominant depuis la fin de la guerre, n’est pas une réussite. Il n’est ni intelligent, ni beau, ni juste, ni vertueux, et il ne tient pas ses promesses. En bref, nous ne l’aimons pas et nous commençons à le mépriser. Mais quand nous nous demandons par quoi le remplacer, nous sommes extrêmement perplexes.

D’année en année, il devient plus évident que le monde s’engage dans diverses expériences politico-économiques correspondant à des tempéraments nationaux et à des environnements historiques différents. L’internationalisme économique des libre-échangistes du XIXe siècle supposait que le monde entier était ou serait organisé sur la base d’un capitalisme concurrentiel et de la liberté du contrat privé protégé de façon inviolable par la loi. Ce modèle pouvait en être à divers stades de développement et de complexité, mais il était toujours conforme à un type uniforme qu’il convenait de chercher à perfectionner, et certainement pas à détruire. Le protectionnisme du XIXe siècle était une vilaine tache sur l’efficacité et le bon sens de cet ordre des choses, et il ne modifiait en rien l’idée générale que l’on se faisait des caractéristiques fondamentales de l’économie.

Mais aujourd’hui des pays remettent en question ce modèle. La Russie est encore seule à mener son expérience très particulière, mais d’autres abandonnent les théories du XIXe siècle. L’Italie, l’Irlande, l’Allemagne s’intéressent de près à de nouvelles formes d’économie politique. Je prévois qu’à leur suite bien d’autres pays vont chercher, chacun de son côté, de nouvelles idoles économiques. Même la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, qui respectent encore strictement l’ancien modèle, aspirent sans le montrer à un nouveau concept économique. Nous ne savons pas quelle sera l’issue. Nous sommes tous sur le point de faire beaucoup d’erreurs. Personne ne peut dire lequel des nouveaux modèles se révélera le meilleur.

Mais voici ce que j’en pense aujourd’hui. Chacun de nous a ses préférences. Nous ne croyons pas être déjà sauvés, et nous voulons tous travailler à notre propre salut. Nous ne souhaitons donc pas être à la merci de forces mondiales s’efforçant d’instaurer un quelconque équilibre général conforme aux principes idéaux -si l’on peut dire- d’un capitalisme du laisser-faire. Il reste des gens qui s’accrochent aux vieilles idées, mais aujourd’hui ils ne représentent une force sérieuse dans aucun pays. Nous souhaitons -du moins pour l’instant, et aussi longtemps que durera cette phase de transition expérimentale- être nos propres maîtres, aussi libres que possible des ingérences du monde extérieur.

Par conséquent, vue sous cet angle, une politique de renforcement de l’autosuffisance nationale ne doit pas être considérée comme un idéal en soi, mais comme le moyen de créer un environnement dans lequel d’autres idéaux pourront être poursuivis commodément et en toute sécurité.

Laissez-moi vous en donner un exemple aussi simple que possible, choisi parce qu’il est en relation avec des idées qui m’ont beaucoup occupé l’esprit ces derniers temps. Dans les activités économiques quotidiennes, qu’il faut distinguer de celles qui sont dirigées de façon centralisée, je suis favorable au maintien d’autant de décision et d’initiative privées qu’il est possible. Mais j’ai fini par être convaincu que le maintien de la structure de l’entreprise privée est incompatible avec le degré de bien-être matériel que l’avancée des techniques nous permettrait, à moins que le taux d’intérêt ne tombe à un chiffre nettement inférieur à celui auquel il devrait être fixé par le jeu naturel des forces opérant selon les anciennes règles. En fait, la transformation de la société à laquelle irait ma préférence demanderait que le taux d’intérêt baisse jusqu’à disparaître dans les trente prochaines années. Mais ce n’est pas près d’arriver, dans un système où ce taux, une fois pris en compte le risque et les autres facteurs, a tendance à s’uniformiser à un niveau mondial sous l’effet du jeu normal des forces financières. Pour de multiples raisons que je ne peux développer ici, l’internationalisme économique, avec ce qu’il comporte de libre mouvement de capitaux et de fonds à investir, aussi bien que de libre échange de marchandises, peut condamner mon propre pays, pour une génération, à un niveau de prospérité matérielle inférieur à celui qu’il pourrait atteindre dans un système différent.

Mais ce n’est qu’une illustration. Ce que je soutiens, c’est que la nouvelle génération n’a rien à attendre d’un système économique mondialement uniforme, qui était, en gros, celui du XIXe siècle, et que nous devons être aussi peu soumis que possible à l’influence des changements économiques décidés ailleurs, afin de pouvoir faire nous-mêmes les expériences que nous souhaitons, pour aller vers la République sociale idéale du futur. Je pense qu’une démarche délibérée vers une plus grande autosuffisance nationale et un plus grand isolement économique nous faciliterait la tâche, dans la mesure où cela n’aurait pas un coût excessif.

Les méfaits de la course à la rentabilité à tout prix

Cette nouvelle façon de voir les choses a une autre explication. Le XIXe siècle a donné une place extravagante à ce que l’on peut désigner, pour faire court, aux “résultats financiers”, promus critère d’appréciation de toute action, qu’elle soit publique ou privée. Mener sa vie était devenu une sorte de parodie du cauchemar d’un comptable. Au lieu d’utiliser leurs ressources matérielles et techniques, toujours croissantes, pour bâtir une cité splendide, les hommes construisaient des taudis. Et ils pensaient que c’était une bonne chose, qu’il fallait le faire parce que, selon les critères de l’entreprise privée, les taudis sont “rentables”, alors qu’une ville superbe aurait été, selon eux, une dépense d’une folle prodigalité et qui aurait, dans le langage stupide des financiers, “hypothéqué l’avenir” – même si personne ne peut comprendre comment la construction, aujourd’hui, de grands et magnifiques édifices pourrait appauvrir l’avenir, sauf à avoir l’esprit farci d’analogies fallacieuses avec une comptabilité inappropriée. Même aujourd’hui, je passe mon temps – moitié pour rien, moitié avec succès – à tenter de convaincre mes compatriotes que la nation tout entière s’enrichirait à coup sûr si les hommes et les machines inemployés étaient utilisés pour construire les logements dont nous avons tant besoin plutôt qu’en les payant à ne rien faire. Car les cerveaux de cette génération sont tellement obscurcis par de faux calculs qu’ils se défient de conclusions qui seraient évidentes s’ils ne faisaient pas une confiance aveugle à un système de comptes financiers contestant la rentabilité d’une telle politique. Nous devons rester pauvres parce qu’il n’est pas rentable d’être riches. Nous devons vivre dans des taudis, non pas parce que nous ne pouvons pas construire des palais, mais parce que nous “n’en avons pas les moyens”.

La même règle de calcul financier, autodestructrice, régit chaque moment de la vie. Nous détruisons la beauté de la campagne parce que les splendeurs d’une nature qui n’appartient à personne n’ont aucune valeur économique. Nous sommes capables d’éteindre le soleil et les étoiles parce qu’ils ne rapportent aucun dividende. Londres est l’une des villes les plus riches de l’histoire de la civilisation, mais elle ne “peut pas se permettre” les réalisations les plus ambitieuses dont sont capables ses habitants, parce qu’elles ne sont “pas rentables”.

Si j’étais au pouvoir, aujourd’hui, j’entreprendrais avec détermination de doter nos grandes villes de tous les équipements artistiques et culturels susceptibles de répondre aux attentes individuelles les plus ambitieuses des citoyens de chacune de ces villes. Je suis convaincu que ce que nous savons créer, nous en avons les moyens, et que l’argent ainsi dépensé sera non seulement plus utile que n’importe quelle allocation de chômage, mais qu’il rendra inutiles ces allocations. Parce qu’avec ce que nous avons dépensé pour les chômeurs en Angleterre depuis la guerre nous aurions pu faire de nos villes les plus magnifiques réalisations humaines du monde.

De même, nous avons considéré qu’il nous fallait absolument ruiner les paysans et détruire une économie fondée sur des traditions très anciennes pour gagner quelques centimes sur une miche de pain. Rien ne devait échapper à l’autel de Moloch et de Mammon réunis ; nous devions tout sacrifier à ces monstres dont le culte nous permettrait de vaincre la pauvreté et conduirait sûrement et aisément la prochaine génération, portée par l’intérêt composé, vers la paix économique.

Nous avons perdu nos illusions, non pas que nous soyons plus pauvres qu’avant – au contraire, même aujourd’hui, nous bénéficions, du moins en Grande-Bretagne, d’un niveau de vie plus élevé que jamais -, mais parce que les valeurs autres qu’économiques semblent avoir été sacrifiées. En pure perte, dans la mesure où notre système économique ne nous permet pas de tirer le meilleur parti de la richesse autorisée par le progrès technique, qu’il en est même loin, ce qui nous amène à penser que nous aurions pu faire une bien meilleure utilisation de ces possibilités inexploitées.

Mais dès que nous nous permettons de ne pas respecter le critère du profit comptable, nous commençons à changer notre civilisation. Nous devons le faire très prudemment, avec beaucoup de précautions, et en toute conscience. Parce que pour une grande partie de l’activité humaine il sera sage de maintenir les critères financiers habituels. C’est l’Etat plus que l’individu qui doit changer ses critères. Ce sur quoi il nous faut tirer un trait, c’est la conception d’un ministre des Finances qui serait le président d’une sorte de société par actions. Et si les fonctions et les objectifs de l’Etat doivent être étendus, le choix de ce qui doit être produit dans un cadre national et de ce qui doit faire l’objet d’échanges avec l’étranger devra figurer en bonne place parmi les priorités de la politique.

Trois écueils à éviter

De ces réflexions sur les finalités propres à l’Etat, je reviens au monde de la politique contemporaine. Après avoir cherché à comprendre, en toute impartialité, les idées qui fondent le besoin ressenti par tant de pays d’une plus grande autosuffisance nationale, il nous faut examiner avec soin si, dans la pratique, nous ne sommes pas en train de rejeter trop facilement des acquis importants du XIXe siècle. Je trouve que dans tous les pays, sans exception, où les partisans de l’autosuffisance nationale ont pris le pouvoir, beaucoup de bêtises ont été commises. Mussolini est peut-être en train de parvenir à l’âge de raison, mais la Russie offre le pire exemple que le monde ait connu d’incompétence administrative et sacrifie à des idiots à peu près tout ce qui fait que la vie vaut d’être vécue. L’Allemagne est entre les mains d’irresponsables déchaînés – il est donc trop tôt pour juger sa politique économique. L’Etat libre d’Irlande, trop petit pour parvenir à un niveau élevé d’autosuffisance nationale, qu’il devrait payer d’un coût économique très élevé, est en train de débattre de plans qui pourraient le ruiner s’ils étaient mis en oeuvre.

Dans le même temps, les pays qui conservent ou adoptent un protectionnisme pur et dur, à l’ancienne, modernisé par l’adoption de quelques mesures de contingentement, font des choses rationnellement indéfendables. Si donc la Conférence économique mondiale [Cette conférence s’est tenue à Londres en 1933 pour tenter d’organiser une réponse multilatérale aux effets de la crise économique du début des années 1930] débouche sur une réduction mutuelle des droits de douane et ouvre la voie à des accords régionaux, on ne pourra que sincèrement s’en féliciter. Je ne voudrais pas que l’on croie que j’approuve ce qui est actuellement fait par les politiques au nom du nationalisme économique. Loin de là. Mais mes critiques sont celles d’un homme portant un regard amical et sympathique sur les expéri mentations menées avec obstination dans le monde contemporain, qui souhaite qu’elles réussissent, qui a lui-même des projets dans ce sens et qui, en dernier ressort, préfère n’importe quoi plutôt que ce que les rapports financiers appellent “l’opinion de Wall Street”. Et j’essaie de montrer que le monde vers lequel nous nous dirigeons avec difficulté est bien différent de l’idéal économique internationaliste de nos pères, et que les politiques actuelles ne doivent pas être jugées selon les règles du credo précédent.

Je vois dans le nationalisme économique et dans les mouvements en faveur de l’autosuffisance nationale trois dangers majeurs qui compromettent leurs chances de succès.

Le premier est la Bêtise – la bêtise du doctrinaire. Il n’y a rien de surprenant à la trouver dans ces mouvements qui sont passés sans transition du stade des propos excessifs d’après-dîner à celui de l’action. On a du mal, au début, à distinguer le discours brillant qui a permis d’emporter l’adhésion des foules et le fond du message, beaucoup plus terne. Passer de l’un à l’autre n’a rien de cynique. Les mots doivent avoir de la force, car ils portent les idées qui partent à l’assaut de l’absence de pensée. Mais lorsqu’on a atteint les sièges du pouvoir et de l’autorité on ne devrait pas se permettre de licence poétique. Il faut alors compter, au centime près, ce que l’on avait considéré comme méprisable quand il fallait faire assaut de rhétorique. Si elle veut survivre, une société qui expérimente doit être beaucoup plus efficace que celle qui est installée dans sa routine. Il lui faut utiliser à fond toutes ses capacités économiques, et elle ne peut pas se permettre de céder à la stupidité ou à l’irréalisme des doctrinaires. Quand un doctrinaire passe à l’action, il doit, pour ainsi dire, oublier sa doctrine. Car celui qui, dans l’action, reste prisonnier de son discours, manquera probablement son but.

Le second danger – pire que la bêtise – est la Précipitation. Citons Paul Valéry : “Le résultat des luttes politiques est de troubler, de falsifier dans les esprits la distinction entre ce qui est important et ce qui est urgent.” La transition économique d’une société doit être menée lentement. Les arguments que je viens de développer ne portent pas sur une révolution brutale, mais sur une tendance séculaire. La Russie nous donne aujourd’hui un exemple terrifiant des maux provoqués par une précipitation démentielle et inutile. Les sacrifices et les pertes inhérents à la transition sont beaucoup plus graves quand on avance à marche forcée. Je ne crois pas que le caractère progressif soit inévitable, mais je crois à la progressivité. C’est d’autant plus vrai que lorsqu’on s’achemine vers une plus grande autosuffisance nationale et vers une planification de l’économie interne. Il est dans la nature des processus économiques de s’inscrire dans la durée. Une transition trop rapide provoquera une telle destruction de richesse sans contrepartie que le nouvel état des choses sera, au début, bien pire que l’ancien, et que la grande expérimentation sera discréditée. Car les hommes jugent impitoyablement selon les résultats, et même selon les premiers résultats.

Le troisième danger, le pire des trois, est l’Intolérance et la répression de toute critique éclairée. Les nouveaux mouvements arrivent généralement au pouvoir par la violence plus ou moins ouverte. Ils n’ont pas convaincu leurs opposants, ils les ont terrassés. La méthode moderne – que je trouve désastreuse, au risque de paraître vieux jeu – consiste à utiliser la propagande et à s’emparer des médias. Il est considéré comme habile et efficace d’empêcher toute idée de se développer et d’utiliser les moyens du pouvoir pour paralyser la réflexion. Ceux qui ont considéré que ces méthodes étaient nécessaires pour parvenir au pouvoir sont tentés de continuer à se servir, pendant la période d’édification de la nouvelle société, des mêmes outils dangereux qui leur ont servi à s’introduire dans la place.

C’est encore la Russie qui fournit un exemple des terribles erreurs que commet un régime lorsqu’il s’affranchit de toute critique. L’incompétence qui caractérise la conduite des guerres, que ce soit d’un bord ou de l’autre, s’explique de la même façon, l’organisation hiérarchique mettant le haut commandement à l’abri de la critique. Je n’admire pas sans réserve les politiciens, mais eux du moins baignent dans la critique, ce qui leur donne une incontestable supériorité sur les militaires. Les révolutions ne réussissent que parce qu’elles sont menées par des hommes politiques contre des soldats. Cela peut sembler paradoxal, mais qui a jamais entendu parler d’une révolution réussie menée par des soldats contre des politiciens ? Cela étant, nous haïssons tous la critique. Seule une conviction profonde nous permet de nous y soumettre de bonne grâce.

Les nouveaux modèles économiques vers lesquels nous avançons à tâtons sont, par nature, au stade de l’expérimentation. Nous n’avons pas en tête, prête à l’emploi, l’idée exacte de ce que nous voulons. Nous la découvrirons chemin faisant, et nous devrons lui donner forme en fonction de notre expérience. Ce processus de critiques courageuses, libres et sans merci est la condition sine qua non du succès final. Nous avons besoin du concours de tous les esprits brillants du moment. Staline a éliminé tout esprit critique, tous ceux qui faisaient preuve d’indépendance, même lorsqu’ils avaient de la sympathie pour sa cause. Il a créé un climat dans lequel le fonctionnement intellectuel s’est atrophié. Les délicates circonvolutions du cerveau ont été pétrifiées. Le son assourdissant du mégaphone remplace les souples inflexions de la voix humaine. Les idioties de la propagande stupéfient même les oiseaux et les bestiaux. Que Staline soit un exemple terrifiant pour tous ceux qui veulent faire des expériences. Si ce n’est pas le cas, je retournerai vite à mes vieux idéaux du XIXe siècle et à l’héritage intellectuel construit sur la réflexion que nous cherchons aujourd’hui à détourner pour atteindre nos propres objectifs.

John Maynard Keynes, 1933

https://www.les-crises.fr/documents/2012/de-l-autosuffisance-nationale-keynes.pdf


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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par troubaa le Lun 11 Juin - 20:13

Le keynésianisme est appliquée dans tous les pays en déficit budgétaire.

En France 40 ans après : 2000 milliards de dettes 1é millions de pauvre 6 millions de chomeurs



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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par komyo le Lun 11 Juin - 20:20

troubaa a écrit:Le keynésianisme est appliquée dans tous les pays en déficit budgétaire.

En France 40 ans après : 2000 milliards de dettes 1é millions de pauvre 6 millions de chomeurs


il vient toujours un moment où la dérégulation – dont les effets liés n’apparaissent pas immédiatement en raison d’une certaine inertie dans le fonctionnement des institutions économiques – dépasse son objectif, permettant aux tendances au déséquilibre du capitalisme d’une part et de l’économie de marché d’autre part, de se manifester pleinement.

Etats unis dette ?
travailleurs pauvres ?
gens sortis des statistiques et survivants a peine avec plusieurs boulots !

https://www.usnews.com/news/articles/2014/01/06/50-years-later-a-war-over-the-poverty-rate#close-modal


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Dédé 95
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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par Dédé 95 le Mar 12 Juin - 8:53

Pour expliquer la crise économique, les keynésiens invoquent le plus souvent l’austérité et l’hyper financiarisation de l’économie ou l’absence de relance économiques. Si on écoute les Piketty, Krugman ou autre Stiglitz, il suffirait d’appliquer deux ou trois mesures efficaces pour que le capitalisme soit régulé, rendu pérenne et que l’on reparte comme dans les années 1950.

Dans son livre star, Capital au XXIeme siècle, Piketty se hasarde à la démonstration suivante : les inégalités sociales sont le résultat d’une plus grande richesse produites chaque année par l’intermédiaire du capital dont le rendement est supérieur à la croissance de l’économie. Cette inégalité entre un rendement du capital et une croissance de l’économie inférieure est pour lui à la source de la profonde divergence entre les riches et les pauvres et presque la raison pour laquelle le capitalisme marche sur la tête. Mais, attention, non seulement Piketty a décelé le problème mais il a, en plus, le remède à ce mal profond. Selon lui il faut imposer un impôt mondial progressif sur le capital. Cela en est pathétique car il faut nous expliquer comment cet impôt sera prélevé alors que plus de 15 % du PIB mondial se trouve dans les paradis fiscaux à l’abri de tout regard indiscret et que les capitalistes ont une armée d’avocats fiscalistes pour soustraire leurs profits, honnêtement ou pas, au fisc. De plus, de cet argent qu’ils voudraient taxer puis redistribuer n’existe que sur papier et bien souvent elle ne représente aucune valeur d’usage.

D’autres économistes guère plus lucides avancent des propositions qui consisteraient à revenir aux principes keynésiens de base. Il suffirait donc d’augmenter les dépenses publiques et les salaires pour que la consommation augmente puis par un mécanisme aussi vertueux que fumeux que cela rejaillissent sur la production et donc au final la sacro-sainte croissance. Pour cela ces gens auréolés du label « de gauche » implorent auprès des puissants de faire tourner la planche à billet comme l’on fait les États-Unis ou le Japon. Pourtant quarante années d’endettement souverain démentiel de la part de ces deux pays n’ont pas suffi pour relancer la machine économique. Mais visiblement il en faudra encore plus pour mettre fin à cet enfumage fallacieux.

Comme la sphère financière est parvenue à occuper une place prépondérante au détriment de la sphère productive de l’économie, à écouter ces grands économistes, il faudrait que l’on arrache le capital des mains des banquiers et qu’on le donne aux industriels qui relanceront la production et nous sortira de cette ornière. C’est bien vite oublié que même en fléchant une plus grande portion de la plus-value dans la sphère industrielle, ce capital ne saurait fructifier davantage. En effet, les industriels sont nombreux à admettre qu’il ne manque pas de capital à investir, mais qu’ils manquent plutôt des occasions pour le faire fructifier. Les nouveaux marchés sont inexistants et ceux disponibles sont l’objet d’âpres luttes économiques et militaires comme chacun peut l’observer aux quatre coins de la Terre.


Ainsi, ceux que l’on présente souvent comme les seuls opposants au libéralisme décomplexé feraient converger harmonieusement les intérêts mutuels entre le capital et du travail, que tout exploité comprend bien. En essayant d’atténuer les contradictions du capitalisme grâce à l’accroissement de la dette d’une part et d’une juste redistribution d’autre part, il nous feraient presque oublier que le mode de production se lézarde à vue d’œil. Ce genre d’économistes (souvent atterré) sème la désillusion dans la tête des prolétaires qui, du coup, peuvent encore croire qu’il y a une place pour le capitalisme à visage humain.

Vila pour Dédéfucius

A propos de dette des Etats:
Selon le FMI, les États-Unis seront le seul pays industrialisé à voir à moyen terme une augmentation de leur endettement public, de 107,8 % du PIB en 2017 à 117 % en 2023, du fait de la réforme fiscale votée par le Parlement sur proposition du président Trump.

Et qui détient cette dette ?
La Chine 27% en constante augmentation, et les financiers (*) 46% en constante diminution.
(*) Ceux qui créent la dette en grande partie!

Moralité? Il est pas beau le système économique cher aux libéraux ?


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troubaa
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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par troubaa le Mar 12 Juin - 21:33

con-fucius si tu avais une once d'intelligence tu aurais compris que la dette est la conséquence du keneysanisme.



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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par spin le Mer 13 Juin - 8:13

Si c'est de crise de la dette qu'il est question, si elle atteint un certain niveau dont elle ne semble pas loin (je ne suis pas spécialiste mais ça a vraiment l'air de chauffer de partout), il n'y a que deux issues possibles :
- les créanciers crèvent...
- tout le monde crève...

Pendant longtemps les rois de France ont su se débarrasser de leurs créanciers (templiers, juifs, Jacques Coeur...). Ce n'était ni joli ni moral mais ça a fait durer le système. Et puis il y en a eu un qui aurait dû mais n'a pas osé. C'était Louis XVI.

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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par komyo le Mer 13 Juin - 9:05

spin a écrit:Si c'est de crise de la dette qu'il est question, si elle atteint un certain niveau dont elle ne semble pas loin (je ne suis pas spécialiste mais ça a vraiment l'air de chauffer de partout), il n'y a que deux issues possibles :
- les créanciers crèvent...
- tout le monde crève...

Pendant longtemps les rois de France ont su se débarrasser de leurs créanciers (templiers, juifs, Jacques Coeur...). Ce n'était ni joli ni moral mais ça a fait durer le système. Et puis il y en a eu un qui aurait dû mais n'a pas osé. C'était Louis XVI.

on est a mon avis parti pour, j'aimerai me tromper mais les déséquilibres et les crises (démographique, des ressources, de la dette, voir climatique demain) sont désormais trop nombreuses pour etre résolue sans casse. L'idée de Sannat et d'autres de se préparer car il est trop tard, n'est pas si délirante !
Comme disait A comte, voir pour prévoir, afin de pouvoir !

https://www.les-crises.fr/leffondrement-imminent-par-chris-hedges/

Spoiler:
L’administration Trump n’est pas apparue, de prime abord, comme une Vénus sortant des eaux sur un coquillage. Donald Trump est l’aboutissement d’un long processus de déclin politique, culturel et social. Il est le produit de l’échec de notre démocratie. Plus nous perpétuons la fiction selon laquelle nous vivons dans une démocratie qui fonctionne, Trump et les mutations politiques qui l’accompagnent étant, en quelque sorte, une aberration qui peut être surmontée lors des prochaines élections, plus nous nous précipitons vers la tyrannie. Le problème, ce n’est pas Trump, mais un système politique, dominé par le pouvoir des entreprises et les mandarins des deux principaux partis politiques, dans lequel nous ne comptons pas. Nous récupérerons le contrôle politique en démantelant cet État qui est au service des entreprises, ce qui passe par une désobéissance civile massive et s’inscrivant dans la durée, comme celle exprimée cette année par les enseignants partout dans le pays. Si nous ne résistons pas, nous allons vers un nouvel âge des ténèbres.

Le Parti Démocrate, qui a aidé à construire notre système de totalitarisme inversé, est une fois de plus considéré comme le sauveur par une frange importante de la gauche. Pourtant, le parti refuse constamment de s’attaquer à l’inégalité sociale qui a mené à l’élection de Trump et à l’insurrection incarnée par Bernie Sanders. Il est sourd, muet et aveugle aux souffrances économiques, bien réelles, qui touchent plus de la moitié du pays. Il ne se battra pas pour que les travailleurs perçoivent un salaire décent. Il ne mettra pas l’industrie pharmaceutique et les sociétés d’assurances en demeure de fournir une assurance-maladie pour tous. Il ne jugulera pas l’appétit vorace des militaires qui saignent le pays à blanc et encouragent la poursuite, à l’étranger, de guerres vaines et coûteuses. Il ne rétablira pas nos libertés publiques perdues, comme les droits à la vie privée, à l’absence de surveillance gouvernementale et à l’application régulière de la loi. Il ne supprimera pas le financement de la politique par l’argent des entreprises et les circuits financiers opaques. Il ne démilitarisera pas notre police et ne réformera pas un système carcéral qui compte 25 % des prisonniers du monde, alors que les États-Unis ne comptent que pour 5 % de la population mondiale. Il tourne autour du pot, surtout en période électorale, refuse de s’attaquer à des problèmes politiques et sociaux essentiels, préférant se concentrer sur des questions culturelles de portée limitée comme les droits des homosexuels, l’avortement et le contrôle des armes à feu, dans cette espèce d’anti-politique qui nous est propre.

C’est une tactique vouée à l’échec, mais compréhensible. La direction du parti, les Clinton, Nancy Pelosi, Chuck Schumer, Tom Perez, sont des créations de l’Amérique des affaires. Dans un processus politique ouvert et démocratique, qui ne serait pas dominé par les élites des partis et l’argent des entreprises, ces personnes ne détiendraient pas le pouvoir politique. Ils le savent. Ils préféreraient faire imploser tout le système plutôt que de renoncer à leurs positions privilégiées. Et c’est, je le crains, ce qui arrivera. L’idée que le Parti Démocrate constitue un quelconque rempart contre le despotisme est contredit par son activité politique de ces trois dernières décennies. Il est le garant du despotisme.

Trump a puisé dans la haine que des pans entiers de la population américaine voue au système politique et économique qui les a trahis. Il est peut être incompétent, dégénéré, malhonnête et narcissique, mais il ridiculise habilement le système que ces gens méprisent. Ses railleries cruelles et humiliantes dirigées contre les agences gouvernementales, les lois et les élites en place trouvent un écho chez ceux pour qui ces agences, ces lois et ces élites sont devenues des forces hostiles. Et pour ceux, nombreux, qui ne voient aucun changement dans le paysage politique pour soulager leurs souffrances, la cruauté et les invectives de Trump procurent au moins un sentiment de défoulement.

Comme tous les despotes, Trump ne suit pas de code moral. Il choisit ses alliés et les personnes qu’il nomme en fonction de leur loyauté personnelle et de leur obséquiosité à son égard. Il se débarrassera de n’importe lequel d’entre eux. Il est corrompu, amasse de l’argent personnellement – il a gagné 40 millions de dollars grâce à son seul hôtel de Washington l’an dernier – et pour ses alliés du monde des affaires. Il est en train de démanteler les institutions gouvernementales qui assuraient autrefois une certaine régulation et une certaine surveillance. C’est un ennemi de la société ouverte. Ce qui le rend dangereux. Son assaut appuyé contre les derniers vestiges des institutions et normes démocratiques signifie qu’il n’y aura bientôt plus rien, même plus de mots, pour nous protéger du totalitarisme des grandes entreprises.

Mais les mises en garde des architectes de notre démocratie ratée contre le fascisme rampant, dont celles de Madeleine Albright, sont risibles. Elles montrent à quel point les élites sont désormais déconnectées de l’esprit du temps. Aucune de ces élites n’est crédible. Elles ont construit l’édifice de mensonge, de tromperie et de pillage d’entreprise qui a rendu Trump possible. Et plus Trump dénigre ces élites, plus elles crient comme Cassandre, et plus il sauve sa présidence désastreuse et permet aux kleptocrates de piller le pays à mesure qu’il se désintègre à vitesse grand V.

La presse est l’un des principaux piliers du despotisme de Trump. Elle bavarde à l’infini, comme les courtisans du XVIIIe siècle à la cour de Versailles sur les faiblesses du monarque pendant que les paysans manquaient de pain. Elle ressasse à l’infini des sujets creux, comme l’ingérence russe et le paiement d’une actrice porno, qui n’ont rien à voir avec l’enfer quotidien qu’est la vie de beaucoup d’américains. Elle refuse de critiquer ou d’enquêter sur les abus de pouvoir des grandes sociétés, qui ont détruit notre démocratie et notre économie et orchestré le plus grand transfert de richesse, vers le haut, de l’histoire des États-Unis. La presse institutionnelle est tombée en ruines pour avoir accepté un suicide culturel en contrepartie d’argent et d’un maintien de ses entrées. Et quand Trump l’attaque pour ses « fake news », il exprime, une fois de plus, la haine profonde de tous ceux que la presse ignore. La presse idolâtre Mammon aussi servilement que Trump le vénère lui-même. Elle adore la présidence de la télé-réalité. Les médias, en particulier les émissions des chaînes du câble, laissent les lumières allumées en continu et les caméras tourner pour que les téléspectateurs restent collés à cette version du 21e siècle du « Cabinet du Dr Caligari » (NdT : Film d’horreur muet des années 20, style expressioniste)). C’est bon pour l’audience. C’est bon pour les profits. Mais ça accélère le déclin.

Tout cela sera bientôt amplifié par l’effondrement financier. Depuis la crise financière de 2008, les banques de Wall Street ont reçu 16 000 milliards de dollars en renflouements et autres subventions de la Réserve fédérale et du Congrès, à un taux d’intérêt quasi nul. Elles ont utilisé cet argent, ainsi que celui économisé grâce aux baisses d’impôts massives accordées l’an dernier, pour racheter leurs propres actions, augmenter la rémunération et les primes de leurs dirigeants et plonger toujours plus profondément la société dans une servitude pour dettes insoutenable. À lui seul, le casino de Sheldon Adelson a bénéficié d’un allégement fiscal de 670 millions de dollars grâce à la législation de 2017. Le ratio entre le salaire du PDG et celui des travailleurs est maintenant en moyenne de 339 pour 1, l’écart le plus élevé approchant les 5 000 pour 1. Karl Marx appelait cette utilisation circulaire de l’argent, où il est émis pour être accumulé, le « capital fictif ». L’augmentation constante de la dette publique, de la dette des entreprises, de celle des cartes de crédit et des prêts étudiants mènera, comme l’écrit Nomi Prins, à « un point de basculement – quand l’argent qui entre pour alimenter cette dette, ou qui est disponible pour emprunter, ne couvrira même pas le paiement des intérêts. A ce moment-là, les bulles des dettes éclateront, à commencer par les obligations à haut rendement ».

Une économie dont la croissance dépend de la dette fait grimper notre taux d’intérêt pour un retard de paiement par carte de crédit à 28%. C’est pourquoi nos salaires stagnent ou diminuent en termes réels – si nous gagnions un revenu durable, nous n’aurions pas besoin d’emprunter de l’argent pour survivre. C’est pourquoi les études universitaires, les logements, les soins médicaux et les services publics coûtent si cher. Le système est conçu pour que nous ne puissions jamais nous libérer de la dette.

Toutefois, le prochain krach financier, comme le souligne Prins dans son livre « Collusion : How Central Bankers Rigged the World » [Comment les banquiers centraux ont manipulé le monde, NdT], ne ressemblera pas au précédent. Parce que, comme elle le dit, « il n’y a pas de plan B ». Les taux d’intérêt ne peuvent pas être plus bas. L’économie réelle n’a pas connu de croissance. La prochaine fois, il n’y aura pas d’issue. Une fois que l’économie se sera effondrée, que la rage se sera transformée en tempête à travers tout le pays, les monstres politiques feront leur apparition, des monstres en comparaison desquels Trump paraîtra avisé et bienveillant.

Alors, pour citer Vladimir Lénine, que faut-il faire?

Nous devons consacrer notre énergie à bâtir des institutions populaires parallèles pour nous protéger, et pour exercer un contre-pouvoir. Ces institutions parallèles, qui comprendront des syndicats, des organisations de développement communautaire, des monnaies locales, des partis politiques alternatifs et des coopératives alimentaires, devront être mises en place ville par ville. Dans cette période de grande détresse, les élites se retrancheront dans leurs résidences protégées et nous laisseront nous débrouiller tout seuls. Les services de base, de la collecte des ordures au transport public, à la distribution de nourriture et aux soins de santé, vont s’effondrer. Le chômage et le sous-emploi massifs déclencheront des troubles sociaux et seront traités non pas par la création d’emplois publics, mais par la brutalité d’une police militarisée et par la suspension complète des libertés civiles. Les critiques du système, déjà marginalisés, seront réduits au silence et attaqués en tant qu’ennemis de l’État. Les derniers vestiges des syndicats seront visés avec, pour objectif, leur abolition, un processus qui va bientôt s’accélérer avec la décision attendue, dans une affaire jugée devant la Cour suprême, qui paralysera la capacité des syndicats du secteur public à représenter les travailleurs. Le dollar cessera d’être la monnaie de réserve mondiale, provoquant une forte dévaluation. Les banques fermeront. Le réchauffement climatique entraînera des coûts de plus en plus lourds, en particulier pour les populations côtières, l’agriculture et les infrastructures. Des coûts que l’État appauvri ne pourra pas prendre en charge. La presse institutionnelle, comme les élites dirigeantes, virera du burlesque à l’absurde. Sa rhétorique, si manifestement fausse, sera déconnectée de la réalité, comme dans tous les États totalitaires. Les médias paraîtront tous aussi ridicules que Trump. Et, pour citer W.H. Auden, « les petits enfants mourront dans la rue ».

Comme correspondant à l’étranger, j’ai couvert des sociétés effondrées, y compris l’ex-Yougoslavie. Il est impossible, pour n’importe quelle population condamnée, de saisir à quel point un système financier, social et politique en ruine est fragile à la veille de son implosion. Tous les signes avant-coureurs de l’effondrement sont visibles : infrastructures qui tombent en ruine, sous-emploi et chômage chroniques, recours aveugle à la force meurtrière par la police, paralysie et stagnation politiques, économie fondée sur une accumulation de dettes, fusillades de masse nihilistes dans des écoles, des universités, des lieux de travail, des centres commerciaux, des salles de concert et des cinémas, surdoses d’opioïdes qui tuent quelque 64 000 personnes par an, épidémie de suicides, expansion militaire insoutenable, développement économique et les recettes publiques reposant sur l’outil ultime qu’est devenu le jeu, accaparement du pouvoir par une petite clique corrompue, censure, réduction physique des institutions publiques, des écoles aux bibliothèques, des tribunaux aux installations médicales, bombardement incessant par des hallucinations électroniques afin de détourner notre attention de la vue déprimante de ce qu’est devenue l’Amérique et nous enfermer dans un monde d’illusions. Nous souffrons des pathologies habituelles de la mort imminente. J’aimerais me tromper. Mais j’ai déjà vu ça avant. Je connais les signes avant-coureurs. Tout ce que je peux dire, c’est « soyez prêts ».

Source : Truthdig, Chris Hedges, 20-05-2018


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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par spin le Mer 13 Juin - 11:18

troubaa a écrit:con-fucius si tu avais une once d'intelligence tu aurais compris que la dette est la conséquence du keneysanisme.
Peut-être, mais s'il n'y avait pas eu Keynes et tout ce qui va avec (New Deal, et cetera), je ne crois pas qu'on aurait gagné la Deuxième Guerre Mondiale, et si on l'avait gagnée je ne crois pas qu'on aurait gagné la Guerre Froide.

Il faut se faire une raison, le système idéal et définitif, ça n'existe pas. Quel que soit le système en place et si efficace qu'il soit à un moment, il finira toujours par s'user, les élites finiront toujours par devenir des castes, et cetera.

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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par loli83 le Mer 13 Juin - 13:31

spin a écrit:Pendant longtemps les rois de France ont su se débarrasser de leurs créanciers (templiers, juifs, Jacques Coeur...). Ce n'était ni joli ni moral mais ça a fait durer le système. Et puis il y en a eu un qui aurait dû mais n'a pas osé. C'était Louis XVI.

et c'est lui qui a été décapité !

suivi d'une réaction en chaine , jusqu'à la décapitation de Robespierre lui même , la boucle était bouclée...

pour un moment seulement ...
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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par Dédé 95 le Mer 13 Juin - 15:20

spin a écrit:
troubaa a écrit:con-fucius si tu avais une once d'intelligence tu aurais compris que la dette est la conséquence du keneysanisme.
Peut-être, mais s'il n'y avait pas eu Keynes et tout ce qui va avec (New Deal, et cetera), je ne crois pas qu'on aurait gagné la Deuxième Guerre Mondiale, et si on l'avait gagnée je ne crois pas qu'on aurait gagné la Guerre Froide.

Il faut se faire une raison, le système idéal et définitif, ça n'existe pas. Quel que soit le système en place et si efficace qu'il soit à un moment, il finira toujours par s'user, les élites finiront toujours par devenir des castes, et cetera.

Tout à fait et il n'y en as qu'un qui l'a expliqué en clair, il s'appelle Marx !

Potentats - Seigneurs - Rois - Grands Bourgeois - Prolétaire ......après je ne sais pas, commençons par se débarrasser des Bourgeois et donnons le pouvoir aux prolétaires


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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par spin le Mer 13 Juin - 16:57

Dédé 95 a écrit:Tout à fait et il n'y en as qu'un qui l'a expliqué en clair, il s'appelle Marx !
Il n'a pas prévu, autant que je sache, que son élite d'avant-garde deviendrait aussi une caste dite nomenklatura. Rappel, un autre l'avait prévu de son vivant : http://bouquinsblog.blog4ever.com/etatisme-et-anarchie-mikhaal-bakounine

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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par troubaa le Mer 13 Juin - 22:03

spin a écrit:
Peut-être, mais s'il n'y avait pas eu Keynes et tout ce qui va avec (New Deal, et cetera), je ne crois pas qu'on aurait gagné la Deuxième Guerre Mondiale, et si on l'avait gagnée je ne crois pas qu'on aurait gagné la Guerre Froide.

Il faut se faire une raison, le système idéal et définitif, ça n'existe pas. Quel que soit le système en place et si efficace qu'il soit à un moment, il finira toujours par s'user, les élites finiront toujours par devenir des castes, et cetera.

un système n'est plus efficace quand il n'arrive pas à s'adapter/évoluer dans son environnement et tant qu'il arrive à s'adapter il survit grace si il est efficace.

Notre défi aujourd'hui n'est pas de gagner la guerre froide mais résister au déferlement économique asiatique.

A contraintes différentes, solutions différentes non ?

Peut etre que Keynes dans notre environnement économique actuel ne serait plus "keneysien" mais développerait une théorie économique autre en prenant en compte des facteurs inexistant à son époque tel que la mondialisation, la finance, les échanges humains, les moyens de communication, le savoir.[/quote]


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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par spin le Mer 13 Juin - 22:45

troubaa a écrit:Notre défi aujourd'hui n'est pas de gagner la guerre froide mais résister au déferlement économique asiatique.
A contraintes différentes, solutions différentes non ?
A la guerre froide a succédé le "choc des civilisations" et une nouvelle menace totalitaire pas si différente que ça des précédentes.

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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par troubaa le Jeu 14 Juin - 5:41

A la guerre entre Etat a succédé la guerre économique.

c'est totalement différent.


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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par spin le Jeu 14 Juin - 8:05

troubaa a écrit:A la guerre entre Etat a succédé la guerre économique.
c'est totalement différent.
Parce qu'on a détruit les frontières économiques. On commence à s'apercevoir de la monstrueuse connerie, ça branle de tous les côtés.

Il y a toujours la guerre idéologique. Si on ne veut pas la perdre, il faut revenir à des principes économiques plus vivables qui ont fait leurs preuves, y compris les frontières économiques nécessaires pour au moins amortir des secousses qui peuvent être mortelles à terme.

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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par komyo le Jeu 14 Juin - 8:59

spin a écrit:
troubaa a écrit:A la guerre entre Etat a succédé la guerre économique.
c'est totalement différent.
Parce qu'on a détruit les frontières économiques. On commence à s'apercevoir de la monstrueuse connerie, ça branle de tous les côtés.

Il y a toujours la guerre idéologique. Si on ne veut pas la perdre, il faut revenir à des principes économiques plus vivables qui ont fait leurs preuves, y compris les frontières économiques nécessaires pour au moins amortir des secousses qui peuvent être mortelles à terme.

C'est tout a fait pour cette raison, que j'ai relayé ce post. On aime ou on aime pas Keynes la n'est pas le problème, le simple bon sens est néanmoins que brader des pans entiers de son économie comme l'on fait naïvement (voir pire) les français sous un couvert idéologique est limite suicidaire !


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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par Dédé 95 le Jeu 14 Juin - 9:41

troubaa a écrit:A la guerre entre Etat a succédé la guerre économique.

c'est totalement différent.

Les guerres (*) ont TOUJOURS été des guerres économiques, et celà depuis l'antiquité, sauf les guerres idéologiques religieuses, et même là c'était pour conquérir des territoires (voir les Croisades) !

(*)Sauf exception des guerres civiles


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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par Dédé 95 le Jeu 14 Juin - 9:44

CADTM France
Le 4 juin dernier, le FMI a publié sa lettre [1] de fin de mission et énonce ses recommandations pour la France. On pourrait croire à une déclaration de politique générale tant cette lettre semble faite de copiés-collés du programme des instances ministérielles et des annonces de l’Élysée.

Il y a là une ingérence manifeste et partisane au sens où le FMI dicte ses orientations politiques au gouvernement français et que ces orientations rabâchées jusqu’à plus soif vont toujours dans l’intérêt des classes dominantes.

Il en est ainsi :

- de la réforme de la formation professionnelle, de l’apprentissage et de l’assurance chômage (débat en cours sous l’intitulé = « Projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel ») ;
- de celle de la SNCF (« Projet de loi pour un nouveau pacte ferroviaire ») ;
- de la réduction des dépenses publiques (en cours avec le projet Cap 2022 qui prévoit une réduction des dépenses publiques de 30 % de leur montant actuel avec 120 000 suppressions d’emplois dans la fonction publique [2]) ;
- du déploiement d’outils macroprudentiels pour éviter des déséquilibres tant que les conditions financières restent favorables (favorables à qui, la lettre ne le précise pas, mais chacun aura compris que ce n’est pas pour les classes populaires).

Par « outils macroprudentiels », est-ce la théorie du ruissellement chère à Macron qui veut faire croire que l’enrichissement immédiat de quelques-uns aux dépens du plus grand, finira par provoquer des retombées positives pour tous in fine, théorie dont nous avons pu vérifier l’inanité depuis le fameux théorème d’Helmut Schmidt de 1974 (les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain) ? Ou bien s’agit-il d’un paquet de mesures associant la casse de la protection sociale, des cadeaux fiscaux au patronat et les bras ouverts à la finance ?

Quoiqu’il en soit, face à cette ligue factieuse (Macron-FMI), les chômeurs, les salariés (à statut ou sans statut) n’ont pas d’autre voie que celle des mobilisations.

Nous n’avons pas attendu que le FMI en remette une couche pour combattre la financiarisation et les injustices de cette société.

Un groupe de citoyens a commencé à mettre à nu le système-dette appliqué à l’assurance chômage [3] et a interpellé le ministère du Travail et la direction de l’Unedic qui, par leur silence, montrent leur peur de la vérité et de la transparence.

La dette de la SNCF [4] a été détricotée par le cabinet DEGEST qui a montré que pour 100 € d’empruntés, si 41 € allaient bien à l’investissement, 59 € servaient le système financier. Les cheminots en sont à leur deuxième mois de grève et malgré les tentatives du gouvernement et de ses chiens de garde (les médias à sa botte), la mobilisation ne faiblit pas.

Du coté des hôpitaux et des Ephads, la lutte continue de même en de nombreux endroits et la population apporte son soutien à ces mobilisations.

Cette lettre de fin de mission constitue un véritable satisfecit politique donné au gouvernement Macron et un encouragement à poursuivre dans la même voie.

C’est une véritable ingérence de la part du FMI, ce qui ne nous surprend pas. Encore une fois, cette institution financière internationale se comporte de façon partisane en faveur des plus riches et des transnationales contre les peuples. Le CADTM appelle à la dissolution du FMI, en grande partie responsable des différentes crises qui se succèdent depuis sa création. L’institution est nuisible pour les populations depuis ses fondations et il faut œuvrer à construire des alternatives respectueuses de l’humain et son environnement, sans quoi la précarité va continuer à se généraliser malgré la croissance des richesses entre les mains d’une élite déconnectée de la réalité.


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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par spin le Jeu 14 Juin - 12:30

Dédé 95 a écrit:Les guerres (*) ont TOUJOURS été des guerres économiques, et celà depuis l'antiquité, sauf les guerres idéologiques religieuses, et même là c'était pour conquérir des territoires (voir les Croisades) !
(*)Sauf exception des guerres civiles
C’est seulement un matérialisme historique très vulgaire qui dénie le pouvoir des idées, et prétend que les idéaux ne sont que des intérêts matériels déguisés. Il se peut que, sans la pression des forces sociales, les idées politiques avortent : ce qui est certain est que ces forces, à moins qu’elles s’appuient sur des idées, restent aveugles et non dirigées. (...) Il est paradoxal que Karl Marx, qui a minimisé l’importance des idées par rapport aux forces sociales et économiques impersonnelles, ait, par ses écrits, causé la transformation du vingtième siècle, à la fois vers ce qu’il voulait, et, par réaction, contre. (Isaiah Berlin, philosophe anglais, http://www.nybooks.com/articles/2014/10/23/message-21st-century/ ).

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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par Dédé 95 le Jeu 14 Juin - 13:44

Isaiah Berlin a inscrit son œuvre dans la tradition libérale. Fortement influencé par Robin G. Collingwood (1889-1943), Berlin considère que toute pensée dominant une époque ou un individu s'organise autour d'une « constellation de présuppositions absolues »
C'est un point de vue qui s'oppose via la lutte de Classe, à l'analyse marxiste!
Le refus d'analyser les raisons sont l'apanage des anti-marxiste!
On le voit très bien dans le passage en France (principalement) entre la royauté héréditaire et la démocratie bourgeoise de la République, fait historique de 1789! Passage qui pour la bourgeoisie est une volonté rien moins que de l'aristocratie!

Peut tu prendre Spin , quelques exemples de guerres entre les pays et celà dans la période que tu veux et m'expliquer en quoi elle as pas une base économique?


_._._._._._._._._._._._


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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par spin le Jeu 14 Juin - 18:00

Dédé 95 a écrit:
Isaiah Berlin a inscrit son œuvre dans la tradition libérale. Fortement influencé par Robin G. Collingwood (1889-1943), Berlin considère que toute pensée dominant une époque ou un individu s'organise autour d'une « constellation de présuppositions absolues »
C'est un point de vue qui s'oppose via la lutte de Classe, à l'analyse marxiste!
Pour moi c'est un constat de bon sens, même pas partisan.
Dédé 95 a écrit:Peut tu prendre Spin , quelques exemples de guerres entre les pays et celà dans la période que tu veux et m'expliquer en quoi elle as pas une base économique?
Il y a forcément toujours une part d'économique, ne serait-ce qu'au niveau des moyens. Mais ça irait beaucoup moins loin s'il n'y avait que l'économique. D'après toi, il n'y a pas eu assez de guerres de religion ? Sans oublier les guerres au nom de la lutte des classes ou celles d'inspiration néo-con pour imposer une autre idéologie.

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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par komyo le Jeu 14 Juin - 18:25

spin a écrit:
Dédé 95 a écrit:
C'est un point de vue qui s'oppose via la lutte de Classe, à l'analyse marxiste!
Pour moi c'est un constat de bon sens, même pas partisan.
Dédé 95 a écrit:Peut tu prendre Spin , quelques exemples de guerres entre les pays et celà dans la période que tu veux et m'expliquer en quoi elle as pas une base économique?
Il y a forcément toujours une part d'économique, ne serait-ce qu'au niveau des moyens. Mais ça irait beaucoup moins loin s'il n'y avait que l'économique. D'après toi, il n'y a pas eu assez de guerres de religion ? Sans oublier les guerres au nom de la lutte des classes ou celles d'inspiration néo-con pour imposer une autre idéologie.

des guerres pour des femmes, Sabin, sabines, pour récupérer la belle Helene, des guerres pour l'honneur, a moi comte deux mots, Wink
des guerres par stupidité, il m'a regardé dans les yeux ! Smile
la liste doit etre longue...


_._._._._._._._._._._._


"En ces temps d'imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire" (G. Orwell)
«Le plus excellent symbole du peuple, c'est le pavé. On marche dessus jusqu'à ce qu'il vous tombe sur la tête.» - Victor Hugo
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Message par troubaa le Jeu 14 Juin - 21:44

oui mais des guerres économiques comme il y en a en ce moment il n'y en a jamaiseu auparavant


_._._._._._._._._._._._


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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par spin le Jeu 14 Juin - 23:10

troubaa a écrit:oui mais des guerres économiques comme il y en a en ce moment il n'y en a jamaiseu auparavant
Depuis une quarantaine d'années, la grosse majorité des conflits armés impliquent des musulmans au moins d'un côté (Afghanistan, Timor oriental, Tchad, Darfour, Sud Soudan, Liban, Iran, Irak, Palestine, Somalie, Yémen, Syrie, Libye, Mali, Nigéria...). Tu l'interprètes comment ?

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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par Dédé 95 le Ven 15 Juin - 11:34

Guerre à base économique:
-1772 av Jc
La révolte des Benjaminites une tribu délaissée par leur suzerain, délaissé pour des raisons économiques, le droit de cultiver pour vivre!

-1274
Bataille de Qadesh Au début du xiiie siècle avant notre ère, les Égyptiens et les Hittites sont en relation conflictuelle depuis plus d'une vingtaine d'années. Les deux pays se disputent la domination sur plusieurs principautés de Syrie, région riche....

260
1ère guerre de Syrie (déjà)
Les guerres de Syrie correspondent à une série de six conflits qui opposèrent les royaumes lagides et séleucides durant la période hellénistique pour la domination de la région appelée Cœlé-Syrie, une des voies permettant l'accès à l'Égypte. Egypte pays riche à cette époque!

Sans dates précises!
Les guerres menées par Rome, pour étendre ses besoins et ses ressources!

1870
Déclaration de Bismark:
« L'Allemagne ne s'intéresse pas au libéralisme de la Prusse mais à sa force (…). La Prusse doit rassembler ses forces et les tenir en réserve pour un moment favorable qu'on a déjà laissé passer plusieurs fois. Depuis les traités de Vienne, nos frontières ne sont pas favorables au développement de notre État. Ce n'est pas par des discours et des votes de majorité que les grandes questions de notre époque seront résolues, comme on l'a cru en 1848, mais par le fer et par le sang. »

1914
https://fr.wikipedia.org/wiki/Premi%C3%A8re_Guerre_mondiale
A lire le chapitre : Questions coloniales et économiques

1939
La crise de 1929 conduit les différents États à adopter des mesures protectionnistes et à se placer en position de rivalité les uns par rapport aux autres. Alors que l’agressivité des démocraties se situe sur le plan économique, les dictatures fascistes vont adopter une stricte autarcie et, naturellement, penser leur défense et leur expansion en termes militaires. Mais partout, des politiques d’armement sont mises en place efficacement pour sortir du marasme économique.

Vous pouvez en rajouter bien d'autres!
Alors contrairement à ce que raconte notre donneur de leçon

Troubaa a écrit:oui mais des guerres économiques comme il y en a en ce moment il n'y en a jamais eu auparavant
....elles étaient pires!!!!!!!


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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par troubaa le Ven 15 Juin - 18:04

Les guerres économiques ne sont pas des guerres militaires.

quand la Chine fabrique des téléviseurs 3 fois moins chers que ce que la France sait faire il n'y a pas de chars chinois sur les Champs Elysés ni de bombes qui explosent.

Par contre la France se trouve affaiblie car son économie, et donc sa production de richesse, sont attaqués de front.

Les chinois n'ont pas eu besoin de bombes pour détruire des usines françaises.

oui le XXI° siècle ne ressemble pas au XX° siècle et encore moins au XIX°.


Facebook ou google dominent le monde et collectent les infos sur les gens encore plus efficacement que ce que faisait la stasi !

c'est cela guerre économique. Il va falloir regarder le monde tel qu'il est.


_._._._._._._._._._._._


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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par spin le Ven 15 Juin - 21:58

troubaa a écrit:c'est cela guerre économique. Il va falloir regarder le monde tel qu'il est.
Et tel qu'il ne restera pas viable longtemps. Ca repose largement sur l'utopie simpliste qu'en éliminant les frontières on élimine les causes de guerre. Mais les frontières, y compris économiques, servent à faire la paix. Sauf bien sûr que comme toute construction humaine une frontière finit par devenir inadaptée, et si on n'arrive pas à l'adapter à l'amiable ce peut être la guerre.

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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par troubaa le Ven 15 Juin - 22:40

Les prédictions n'engagent que ceux qui y croient.....

on ne se fait plus la guerre entre châtelain
les normands ne font plus la guerre aux picards
anglais allemand français ne se font plus la guerre

le mouvement va à l'encontre de ta prédiction : plus les frontières reculent plus la guerre s'éloigne.


ps :: je parle de vrai guerre pas de l'expression.


_._._._._._._._._._._._


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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par spin le Sam 16 Juin - 7:38

troubaa a écrit:le mouvement va à l'encontre de ta prédiction : plus les frontières reculent plus la guerre s'éloigne.
On n'a pas encore assez de recul pour juger (à peine une génération), et on voit bien que les tensions et insatisfactions et misères augmentent, et qu'elles ne pourront pas augmenter indéfiniment.

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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par komyo le Sam 16 Juin - 8:53

Si l'on regarde l'histoire, il y a eu de grands empires qui ont abolis les frontières en annexant militairement les plus petits, mais généralement des causes internes les ont fait exploser ensuite et se re fractionner. Romains, mongol, perse, franc, etc.


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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par troubaa le Sam 16 Juin - 9:40

spin a écrit:
troubaa a écrit:le mouvement va à l'encontre de ta prédiction : plus les frontières reculent plus la guerre s'éloigne.
On n'a pas encore assez de recul pour juger (à peine une génération), et on voit bien que les tensions et insatisfactions et misères augmentent, et qu'elles ne pourront pas augmenter indéfiniment.
pas sur non plus qu'elles augmentent encore, il y a de la résistance à cet état d'esprit nationalo-nationaliste.

Pour l'instant ces tensions sont loin d'avoir atteint le niveau du nationaliste exacerbé qui va faire la guerre à son voisin qu'li ne supporte plus.

Les frontières s'abolissent progressivement un peu partout dans le monde, même en Asie où les tensions étaient très forte aussi entre Chinois Japonais et Coréen.
Quant à l'Europe, certes ce n'est pas le modèle universel, mais le continent n'a jamais connu une période de paix aussi longue malgré l'intervention militaire de Poutine et la guerre civile des Balkans.


_._._._._._._._._._._._


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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par spin le Sam 16 Juin - 10:32

troubaa a écrit:Pour l'instant ces tensions sont loin d'avoir atteint le niveau du nationaliste exacerbé qui va faire la guerre à son voisin qu'li ne supporte plus.
Les tensions, donc les guerres, ne sont pas que nation contre nation. Il y a aussi l'aspect économique (quand même) et l'aspect idéologique. Il y a de plus en plus une guerre "de basse intensité" menée par les islamistes. On ne sait pas jusqu'où ça peut monter.
troubaa a écrit:Les frontières s'abolissent progressivement un peu partout dans le monde, même en Asie où les tensions étaient très forte aussi entre Chinois Japonais et Coréen.
Quant à l'Europe, certes ce n'est pas le modèle universel, mais le continent n'a jamais connu une période de paix aussi longue malgré l'intervention  militaire de Poutine et la guerre civile des Balkans.
Mais là aussi les tensions montent, et personne ne peut dire jusqu'où ça peut aller sans explosion majeure.

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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par troubaa le Sam 16 Juin - 11:05

comme on ne peut dire aussi que ça va jamais explosé....


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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par spin le Sam 16 Juin - 12:48

troubaa a écrit:comme on ne peut dire aussi que ça va jamais explosé....
Mais TOUT finit par exploser. L'URSS aussi avait obtenu une paix (relative) dans sa zone d'influence. Jusqu'au jour où...

Un truc qui n'a pas fait la une, qui aurait peut-être bien dû : on vient d'apprendre que pour la troisième année consécutive l'espérance de vie aux USA est en baisse (à quand notre tour ?). En URSS, entre le début de cette baisse et l'écroulement total, il y a eu quelque chose comme 15-20 ans.

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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par troubaa le Sam 16 Juin - 15:04

L'URSS a obtenu une paix sous contraintes militaires. C'est différent.


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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par Dédé 95 le Sam 16 Juin - 15:17

troubaa a écrit:Les prédictions n'engagent que ceux qui y croient.....

on ne se fait plus la guerre entre châtelain
les normands ne font plus la guerre aux picards
anglais allemand français ne se font plus la guerre

le mouvement va à l'encontre de ta prédiction : plus les frontières reculent plus la guerre s'éloigne.


ps :: je parle de vrai guerre pas de l'expression.

On le voit au proche orient, la guerre c'est une guerre religieuse, rien à voir avec le pétrole et le gaz!
Oui les guerres ont des origines économiques!
Les guerres coloniales sont bien des guerres économiques avant tout? Non?
Même si il y a alliance du "Sabre et du Goupillon"

...

Du sabre et du goupillon

C'était le temps rêvé de tous les militaires
On leur offrait des guerres et des expéditions
Que de manants joyeux sont partis chez Saint-Pierre
Le cœur plein de mitraille et de bénédictions

Du sabre et du goupillon

Quand ils s'en revenaient et d'Asie et d'Afrique
Ils faisaient régner l'ordre au sein de la nation
Les uns possédaient l'art d'utiliser la trique
Les autres sans le dire pensaient qu'elle a du bon

Le sabre et le goupillon

On n'sait plus aujourd'hui à qui faire la guerre
Ça brise le moral de la génération
C'est pourquoi les crédits que la paix nous libère
Il est juste qu'il aillent comme consolation

Au sabre et au goupillon

L'un jouant du clairon l'autre de l'harmonium
Ils instruiront ainsi selon la tradition
Des cracks en Sambre et Meuse des forts en Te Deum
Qui nous donneront encore bien des satisfactions

Le sabre et le goupillon.


_._._._._._._._._._._._


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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par gaston21 le Sam 16 Juin - 17:47

Mais quel est donc aujourd'hui le pays qui menace le plus la paix mondiale? Est-ce l'Iran qui avait signé le traité concerné il y a quelques années et qui le respectait ou l'abruti qui vient de tout casser? Avant de jouer le faux candide, qui voulait pulvériser la Corée? Et vous osez croire à ce bouffon?
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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par spin le Sam 16 Juin - 18:16

troubaa a écrit:L'URSS a obtenu une paix sous contraintes militaires. C'est différent.
Parce que ce n'est pas sous contrainte militaire, avec des résultats mitigés, dans la sphère d'influence US ?

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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par troubaa le Sam 16 Juin - 18:33

jamais vu l'armée us envahir une capitale européenne pour imposer une ligne politique.

on a même eu des ministres brejneviens dans le gouvernement socialo-communiste de Mitterrand.

Pas vu de char US dans les rues de Paris. Pas comme à Prague ou Budapest.

Désolé l'Europe ne s'est pas construite sous contrainte militaire.

Et les anglais quittent l'europe sans non plus de chars européens dans les rues de Londres.



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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par spin le Sam 16 Juin - 20:47

troubaa a écrit:jamais vu l'armée us envahir une capitale européenne pour imposer une ligne politique.
Il n'y a pas que l'Europe.

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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par Dédé 95 le Dim 17 Juin - 10:29

Jamais vu l'armée us envahir une capitale européenne pour imposer une ligne politique.
Sans rire?

Le haut commandement européen de l'OTAN, appelé SHAPE (Supreme Headquarters Allied Powers Europe) et dirigé par le général d'Eisenhower, s'installe en 1951 à Louveciennes à la place de Bull et à Marly-le-Roi. En parallèle, fut crèe le camp militaire des loges dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye. Des logements furent construits dans Saint-Germain-en laye et correspondent à l'actuel "Village d'Hennemont" où logent toujours un certains nombre de militaires. Leurs enfants fréquentaient "le lycée du Shape" devenu aujourd'hui le lycée international.

Chacun sait que l'armée US ne protégeait pas la mise en place du Plan Marshal et donc de la politique de l'oncle Sam en Europe!
Il as fallu De Gaulle pour cesser le "petits jeux"!
Alors Troubaa, révise tes leçons d'Histoire, si tu veux le bac .....


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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par troubaa le Dim 17 Juin - 12:56

donc tu confirmes ton incapacité à démontrer que les chars US n'ont pas descendus les champs elysées pour renverser le gouvernement, sauf au moment de la libération bien entendu, alors que les chars soviétiques eux....

Tu as étrangement oubliés que c'etait l'époque de la guerre froide et des manoeuvres militaires entre les deux blocs, surtout en Europe...


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Re: John Maynard Keynes reflexions sur certains dangers de la mondialisation, de la finance, du capitalisme..

Message par spin le Dim 17 Juin - 14:11

gaston21 a écrit: Est-ce l'Iran qui avait signé le traité concerné il y a quelques années et qui le respectait ou l'abruti qui vient de tout casser?
Problème, l'Iran le respectait-il vraiment ? Les Israéliens et maintenant Trump disent que non.

Quoi qu'il en soit du régime iranien, il faut quand même se dire que plus il y aura de pays qui l'auront, plus on se rapprochera du moment où elle servira... et alors ce sera vraiment une autre phase de l'histoire...

Après, on commence à entrevoir la méthode Trump, qui roule les mécaniques mais évite de diaboliser façon Bush ("axe du mal") donc laisse à l'autre une sortie honorable. On verra bien si ça marche avec la Corée du nord. Et de toute façon, quoi faire ?


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