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Histoire économique de l'industrie nucléaire française

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troubaa
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Histoire économique de l'industrie nucléaire française

Message par troubaa le Jeu 11 Jan - 13:52

Le pitoyable retour de Framatome

Le retour de Framatome, ainsi renommée par EDF, vient souligner l’immense gâchis opéré depuis l’immixtion de l’Etat dans cette entreprise.

Par Jean-Baptiste Boone. Un article de l’Iref-Europe
Titulaire d’un master en ingénierie financière, Jean-Baptiste Boone a commencé comme analyste financier puis responsable administratif et financier. Il a ensuite travaillé pour la fonction publique comme cadre administratif ayant une mission de contrôle de gestion notamment. Il est analyste pour l’Iref-Europe.


Framatome (Franco-Américaine de Constructions Atomiques) a été créée en 1958 par deux entreprises françaises, Schneider et Merlin Gerin et par l’Américaine Westinghouse Electric qui possédait une licence pour l’exploitation des réacteurs à eau pressurée.

Public ou privé, le développement nucléaire oscille entre deux voies mais la deuxième l’emporte.

Le début de la politique du nucléaire civil français est marqué par des choix raisonnés en termes de technologie, d’indépendance et d’économie. L’État décide, à travers le parlement, de l’orientation stratégique nucléaire et délègue à EDF la mise en place du programme électronucléaire français.

Auparavant, en 1945, le CEA est créé selon les vœux du général de Gaulle pour lancer la recherche et l’industrialisation de l’énergie nucléaire en France. La solution qu’il préconise (réacteur nucléaire modéré au graphite, UNGG) est appliquée pour la première génération de réacteurs.

Elle s’avère cependant plus coûteuse et moins sûre que la technologie de refroidissement par eau pressurée (REP) proposée par Framatome. Malgré ses avantages en termes d’indépendance stratégique, cette première technologie est abandonnée en faveur de la solution portée par Framatome.

L’entreprise privée a gagné ; le choix de la libre concurrence permettra la mise en place d’une solution efficace meilleur marché. En plus de la solution du CEA, une proposition de la Compagnie Générale d’Électricité (CGE), alliée à General Electric, est repoussée.

C’est donc par le jeu sain de l’économie de marché que la construction électronucléaire française se poursuit. L’État, par ailleurs, limite les risques d’EDF qui les reportent partiellement sur des sous-traitants privés.

L’ERREUR ORIGINELLE, LA NATIONALISATION

Pourtant, prenant le contrepied de ce processus, le 6 août 1975, le Conseil des ministres impose une concentration complète de l’industrie nucléaire nationale. Espérant des gains par la standardisation, il décide de ne retenir qu’une seule filière (REP), celle de Framatome.

Alors que le jeu de marché a empêché la filière de s’enfermer dans des technologies sans issue, le gouvernement fait le choix d’abandonner la compétition grâce à différents fournisseurs. Le CEA, dont la solution proposée n’avait pas donnée satisfaction, entre alors au capital. C’est le début de la nationalisation. En contrepartie, l’Etat accorde le monopole de la construction de chaudières nucléaires. La collusion public-privé est à ses débuts.

Fort d’un monopole public et de participations étatiques, Framatome devient alors incontournable. Les jeux de transfert de capitaux ne vont plus cesser, cornaqués par les services étatiques. De Westinghouse, le capital est transféré à Creusot Loire. Cette entreprise fera faillite malgré les coûteuses aides étatiques.

Framatome se retrouve nationalisée totalement une première fois. Le capital est ensuite redistribué au gré des plans gouvernementaux. CGE qui devient Alcatel-Thomson, EDF, groupe Dumez qui deviendra Vinci, le Crédit Lyonnais, le CEA, l’Etat multiplie les montages financiers.


Le destin de toutes ces sociétés, qu’elles soient publiques ou privées, est peu reluisant. Elles ont participé de trop près aux tractations financières imaginées dans les couloirs du pouvoir public. Thomson n’existe plus, le Crédit Lyonnais non plus. Alcatel et EDF enregistrent des résultats médiocres dont témoignent leurs parcours boursiers.


Les mouvements de capitaux se poursuivent, Siemens entrant au capital de la partie strictement nucléaire de Framatome. En 2001, toutes les composantes nucléaires françaises fusionnent (filiale du CEA, Framtome et Cogema) et deviennent alors Areva. Siemens se retire en 2009 et vend, pour 1,62 Mds €, ses parts à Areva, qui possède alors la totalité d’AREVA NP (nuclear power). La société est de nouveau 100% publique. Depuis sa valeur a été divisé par 9.


SOURCE : ABCBOURSE (5 JANVIER 2018)

Finalement, l’État propose de nouveau de restructurer le secteur nucléaire, autour d’EDF. L’entreprise publique récupère ce qui reste de l’activité nucléaire d’Areva NP avec des participations minoritaires de MHI, une entreprise japonaise, et d’Assystem.

Le grand puzzle continue, absorbant et détruisant de nombreuses sociétés. La France est le pays du monde utilisant le plus d’électricité nucléaire dans son mix énergétique, grâce à 58 réacteurs répartis dans 19 centrales. Que restera-t-il de ce savoir-faire ?

Sous prétexte d’indépendance et d’efficacité économique, les gouvernements ont nationalisé de nombreuses sociétés du secteur. Il en ressort fragilisé et les finances publiques en ont pâti. Pour autant, la France n’est en rien indépendante, moins qu’avant peut-être et la construction de la dernière centrale n’est en rien un exemple d’efficacité financière. Pour couronner le tout, l’État souhaite réduire l’utilisation d’énergie nucléaire. Quel est le sens de tout cela ?

https://www.contrepoints.org/2018/01/11/307050-pitoyable-retour-de-framatome


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gaston21
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Re: Histoire économique de l'industrie nucléaire française

Message par gaston21 le Jeu 11 Jan - 18:56

"Y-avait qu'à...fallait qu'on...". Facile de porter un jugement définitif sur une déroute évidente. Je note que tous les gouvernements sont impliqués. Peut-être eût-il mieux fallu contrôler ces mouvements erratiques de capitaux qui n'ont qu'un but, rapporter le plus possible aux détenteurs, et tant pis si c'est contraire à l'intérêt supérieur du pays. A noter la concomitance avec la politique économique européenne... La politique nucléaire était aux mains de l'Etat; après de Gaulle et un Giscard débutant, qui, lui, a abandonné ensuite notre monnaie nationale, nos centrales ont été délaissées...jusqu'à la miraculeuse découverte de la centrale modèle "Lauvergeon", cette lessiveuse à billets...La puissance de notre Energie nucléaire a été la victime du libéralisme financier; ce n'est pas l'inverse. L'industrie nucléaire chinoise est aux mains de l'Etat; et ça "turbine"!
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Re: Histoire économique de l'industrie nucléaire française

Message par Dédé 95 le Jeu 11 Jan - 21:38

Framatome est une entreprise de type capitaliste, pas un service public..
A  l'origine Franco-américaine grace au Plan Marshall, ? Va savoir....

Devenu AREVA ?
Ouf....Kuwait Investment Authority, Bpifrance Participation de brave petits actionnaires....
Bon y a l'Etat mais quand on sait que le patron de l'Etat "flirte" avec la banque Roschild, y a des sousous à se faire pour les "crapules"!

T'a vu Dan, je fais pas de copier/collé PTDR


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troubaa
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Re: Histoire économique de l'industrie nucléaire française

Message par troubaa le Ven 12 Jan - 10:07

gaston21 a écrit:"Y-avait qu'à...fallait qu'on...".
L'article constate surtout l'échec.

Je note que tous les gouvernements sont impliqués.

C'est le fameux légo de la politique industrielle de la France.

Ça commence bien mais ça fini mal parce que des intérêts idéologiques rentrent en jeu au détriment de l'économie.



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gaston21
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Re: Histoire économique de l'industrie nucléaire française

Message par gaston21 le Ven 12 Jan - 10:54

On est venu aussi se heurter à une farouche opposition des écolos qui a sérieusement ralenti l'industrie nucléaire en la faisant d'ailleurs s'orienter vers une technologie nouvelle qui s'est avérée fantaisiste et qui nous ruine! Les écolos...Que sont-ils devenus? Soeur Anne, en vois-tu à l'horizon?
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troubaa
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Re: Histoire économique de l'industrie nucléaire française

Message par troubaa le Ven 2 Nov - 20:48

Le nucléaire, spécialité française


Le savoir-faire français s’exporte. Mais lorsqu’il s’agit de nucléaire, mieux vaut le taire.


Par Michel Gay.

Le premier réacteur de troisième génération (EPR) connecté au réseau dans le monde est d’origine française. Il a atteint sa pleine puissance le 30 octobre 2018 dans le silence assourdissant des grands médias.

Seraient-ils gênés par un succès français, surtout en Chine ?

CAISSE DE RÉSONANCE

Deux employés d’une centrale nucléaire qui se brûlent légèrement les mains avec un jet de vapeur (non radioactive) devient un « évènement » consciencieusement rapporté dans les grands médias, y compris télévisés.

Mais la première mondiale de la connexion au réseau, le 29 juin 2018 en Chine (Taishan), du premier réacteur nucléaire EPR, de conception française depuis 40 ans, est quasiment passée sous silence. Ni TF1, ni Le Monde, ni ARTE n’en ont fait leur Une. Il s’agissait pourtant d’un évènement historique : c’est le premier réacteur occidental de nouvelle génération (GEN III) à fonctionner au monde.

La moindre inauguration d’une « ferme » éolienne donne lieu à un rappel du nombre (surestimé) de foyers alimentés par une électricité non carbonée (quelques milliers, mais en réalité aucune de manière sûre et continue). En revanche, un réacteur comme l’EPR permettra d’alimenter en électricité fiable, sûre et décarbonée, plus de 4 millions de foyers chinois. Mais qui s’y intéresse ?

Il est certainement plus vendeur de se délecter des difficultés rencontrées sur l’immense chantier de construction du même réacteur EPR à Flamanville et de brocarder les « aristocrates de l’atome ».

BAD BUZZ EN FRANCE, SUCCÈS PARTOUT

Certes, Taishan, en Chine, c’est loin.

Fukushima au Japon aussi, et c’est même encore plus loin. Pourtant, l’accident (qui n’a provoqué aucun décès) de la centrale de Fukushima suite au tsunami (qui a provoqué, lui, 20 000 morts) a été traité par les médias comme si cette centrale était à l’origine des victimes. Certaines associations antinucléaires bien soutenues par de grands médias publics célèbrent même des « anniversaires » de Fukushima tous les ans en liant vicieusement (ou intelligemment selon le point de vue) la centrale aux 20 000 morts du tsunami.

En Chine, premier marché nucléaire mondial, 16 réacteurs sont en construction.

L’EPR est le quarantième réacteur à être mis en service dans ce pays. Le lendemain 30 juin (hasard du calendrier ?), le premier réacteur américain de troisième génération (AP1000) a été connecté au réseau à Sanwen, suivi par un autre du même type le 8 août, puis par un troisième le 24 août.

Le premier réacteur AP1000 connecté en fin juin a atteint sa pleine puissance le 14 août.

Entretemps, début juillet, un réacteur « sinisé », dérivée du réacteur français de 900 mégawatts (MW), a été mis en service sur le site de la centrale nucléaire de Yanjiang qui compte désormais 5 réacteurs.

Ça ne chôme pas l’été en Chine !

MAÎTRISER LE CYCLE DU COMBUSTIBLE

Comme la France, la Chine veut maîtriser toute la chaîne du traitement du combustible nucléaire, de la fabrication au stockage. Un accord a été signé en juin 2018 avec ORANO (ex AREVA) qui participera à la construction d’une usine de retraitement du combustible usé sur le modèle de celles de La Hague dans la Manche et de Melox dans le Gard.

La volonté de la Chine de suivre la même voie que la France dans la stratégie du recyclage du combustible montre la pertinence de ce choix fait il y a plus de 40 ans et notre expertise dans ce domaine.

LES GRANDS MÉDIAS « ÉTOURDIS »

Les médias ont sans doute été « étourdis » par tous ces travaux d’Hercule en Chine, ou bien sont-ils assommés au point de ne pas voir la montée du nucléaire dans ce pays et dans le monde ?

Peut-être se bouchent-ils le nez devant cette réalité qui offusque leur parti-pris antinucléaire ? « Couvrez ce sein que je ne saurais voir ! » (Tartuffe de Molière).

Il est tellement plus facile et réconfortant d’évoquer leurs investissements dans les éoliennes et les panneaux photovoltaïques (dont la Chine nous inonde).

LE NUCLÉAIRE EN ORDRE DE MARCHE EN FRANCE

Le Groupement des Industriels Français de l’Énergie Nucléaire (GIFEN) a été créé en juin 2018. Il est composé d’une trentaine d’acteurs du nucléaire et sera chargé d’établir une feuille de route pour la filière nucléaire et de porter sa voix en France et dans le monde.

Peu de Français le savent mais, depuis 2012, la France développe un petit réacteur modulaire compact (SMR pour Small Modular reactor) de 150 MW à 170 MW par module dérivé du réacteur éprouvé K15 qui équipe nos sous-marins lanceurs d’engins à propulsion nucléaire. Il peut y en avoir 2 à 4 par site.

Ce SMR est destiné à étoffer l’offre à l’exportation au côté du réacteur de moyenne puissance (ATMEA 1 / 1100 MW) dont 4 exemplaires ont été vendus à la Turquie, et du réacteur de grande puissance (EPR / 1600 MW) vendu à la Finlande, la Grande-Bretagne et… la Chine.

L’Inde devrait acquérir 6 EPR dans les prochains mois et d’autres pays sont intéressés (Pologne, République Tchèque, Arabie-Saoudite).

EN AVANT !
En France, les SMR revitalisent la filière nucléaire en favorisant le maintien des compétences de pointe, et en attirant les jeunes ingénieurs sur des projets innovants et concrets.

Les composants seront assemblés et testés en usine, sur le modèle des chantiers navals, et non plus sur le chantier, ce qui pourrait réduire à 3 ans la construction après la pose du premier béton.

La France n’est pas seule sur ce créneau et de nombreux projets SMR sont en cours dans le monde. La société américaine NuScale est la plus avancée pour le moment. Elle propose des centrales multi-SMR qui pourraient accueillir jusqu’à 12 modules de 60 MW.

Il y a aussi en France le projet du démonstrateur de réacteur surgénérateur de quatrième génération ASTRID ainsi que les recherches en cours pour un réacteur à fusion ITER.

Faire résonner le tambour du scandale pour dénoncer les défauts relève souvent d’un journalisme partisan et facile pour conforter une idéologie antinucléaire, et puis… « ça fait vendre ».

Pendant ce temps, le travail remarquable d’équipes talentueuses et les grandes réussites techniques se déroulent dans le silence assourdissant des médias.

https://www.contrepoints.org/2018/11/02/329377-le-nucleaire-specialite-francaise


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Re: Histoire économique de l'industrie nucléaire française

Message par Dédé 95 le Ven 2 Nov - 20:52

Mais pas des boursicoteurs!


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