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Elections aux Etats-Unis : l’argent du CAC 40 irrigue toujours les candidats climato-sceptiques

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komyo
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Elections aux Etats-Unis : l’argent du CAC 40 irrigue toujours les candidats climato-sceptiques

Message par komyo le Mer 2 Nov - 10:21

komyo a écrit:
on a déjà longuement parlé de tout cela, et tu sais ce que je pense de tes arguments...non ! c'est vrai j'oubliai que tu ne lisais que ce qui allait dans le sens de tes croyances. Et comme tous les scientifiques qui disent le contraire des élucubrations des climato négationistes sont payés par des lobbys (belle inversion de la réalité) qu'as tu besoin de prouver...

troubaa a écrit:
2) aucune preuve de corruptions par les lobbys.au contraire. Aucun lobby pour financer la contre cop 21 tous les lobbys financaient la cop 21. Mais comme tu refuses de voir la vérité et que tu accordes de l'importance aux contes que l'on te raconte..

3) Et si tu t'appliquais les recommandations. Toi aussi tu peux te renseigner ailleurs, écouter les autres, leur avis, leur analyses. Tu ne fais pas preuve de beaucoup d'ouverture d'esprit sur le sujet il me semble. Alors que moi j'ai évolué, changé, parce que je me suis renseigner... Mais peut être crains tu de changer d'avis en écoutant les arguments des autres comme cela m'est arrivé ?


puisque tu as évolué et changé en voici une autre occasion sur la question des lobbys, notamment climato sceptique !  tongue


http://www.bastamag.net/Elections-aux-Etats-Unis-l-argent-du-CAC-40-irrigue-toujours-les-candidats


_._._._._._._._._._._._


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troubaa
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Re: Elections aux Etats-Unis : l’argent du CAC 40 irrigue toujours les candidats climato-sceptiques

Message par troubaa le Mer 2 Nov - 23:32

M'en fout les entreprises du CAC 40 ont financé la COP 21 et là c'est à ton tour de t’en foutre  !

Trèves de plaisanteries !

Je ne vais pas reprendre les arguments plus ou moins (surtout plus) scabreux de bastamag (le blog désinformateur et manipulateur bien connu de la toile).

Je vais juste reprendre leur chiffre sans m'interroger sur leur véracité. En gros je vais etre impartial.

si l'on compte bien (une addition) les entreprises du cac 40 financent 586 sénateurs républicains dont 178 climato-sceptiques et 408 climato alarmistes soit 70% de climato alarmistes et 30% de climato sceptique.

Bigre quel scandale ! 30% pour les climato-sceptiques 70% pour les climato-alarmistes ! C’est bien trop pour les climato sceptiques. Il faudrait leur donner 0% ! Là ce serait bien !


On passera sur le fait que pour bastamag les républicains climato sceptiques ne sont financés que parce qu’ils sont climato sceptiques et pour aucune autre raison.

Alors que pour les climato-alarmistes ils sont financés pour plein d’autres raisons.

D’ailleurs les climato-alarmistes gavés de dons et de subventions étatiques ne sont pas du tout corrompus. Non non non. Du tout !  Ils n’ont aucun intérêt financier à être climato-alarmiste. Pas de coup commercial à réaliser, pas de carrière brisée pour opinion divergente.
Bha non c’est des gens bien. (c’est écrit sur bastamag c’est dire comme c’est vrai )
Ils ne sont pas comme les fascistes du XXI° siècle (appelé aussi climato-négationiste) comme on essaye minablement de faire passer les climato-sceptiques.

On sait que les climato alarmiste dans leur immense bonté démocratique et humaniste aimeraient tuer financièrement, politiquement médiatiquement et professionnellement tous les climato sceptiques. La contestation est interdite ! Une seule Voie !   Pourquoi ? Parce leurs certitudes ne sont basées que sur de la corrélation et non de la causalité. Donc leur argumentaire est fragile. Très. Il faut faire taire les opposants. Etouffer la contestation. Profiter des subventions

Bref quand le scepticisme devient un crime. Redevient un crime pour être juste.
Dédé dirait que l’histoire est un éternel recommencement.

Cela s’appelle du racisme idéologique.


Ca fait quoi d’être dans le camp des intolérants komyo ?


_._._._._._._._._._._._


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Re: Elections aux Etats-Unis : l’argent du CAC 40 irrigue toujours les candidats climato-sceptiques

Message par Dédé 95 le Jeu 3 Nov - 8:06

Racisme idéologique?  drunken
Quel point Godwin on va employer?

Les intolérants risquent un jour de balayer les "tolérants", ceux qui tolèrent la misère alors que le monde du travail a permis à une poignée de profiteurs: les "crapules" de vivre....et bien.

je suis fière d'être intolérant, de ne pas tolérer la misère, de dire non à la Guerre, alors que les tolérants en vivent!


_._._._._._._._._._._._


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komyo
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Re: Elections aux Etats-Unis : l’argent du CAC 40 irrigue toujours les candidats climato-sceptiques

Message par komyo le Jeu 3 Nov - 8:42

troubaa a écrit:M'en fout les entreprises du CAC 40 ont financé la COP 21 et là c'est à ton tour de t’en foutre  !

Trèves de plaisanteries !

Je ne vais pas reprendre les arguments plus ou moins (surtout plus) scabreux de bastamag (le blog désinformateur et manipulateur bien connu de la toile).

Je vais juste reprendre leur chiffre sans m'interroger sur leur véracité. En gros je vais etre impartial.

blabla


troubaa a écrit:si l'on compte bien (une addition) les entreprises du cac 40 financent 586 sénateurs républicains dont 178 climato-sceptiques et 408 climato alarmistes soit 70% de climato alarmistes et 30% de climato sceptique.

Bigre quel scandale ! 30% pour les climato-sceptiques 70% pour les climato-alarmistes ! C’est bien trop pour les climato sceptiques. Il faudrait leur donner 0% ! Là ce serait bien !


On passera sur le fait que pour bastamag les républicains climato sceptiques ne sont financés que parce qu’ils sont climato sceptiques et pour aucune autre raison.

Alors que pour les climato-alarmistes ils sont financés pour plein d’autres raisons.


faux, ou alors tu ne lis que ce qui t intéresse. La position climato sceptique va avec d'autres positions rétrogrades, c'est comme ca...

Lors des précédentes élections présidentielles, ce soutien financier s’est porté majoritairement vers le camp républicain, soit Mitt Romney pour la Maison Blanche et les candidats du Grand Old Party à la Chambre des représentants et au Sénat. De nombreux candidats défendant des positions rétrogrades en matière d’immigration, de religion, de sexualité, d’armes à feu, et de protection de l’environnement ont été soutenus par les secteurs de la finance (Axa, BNP Paribas, Société générale), de l’énergie (GDF Suez, Areva), de l’industrie (Lafarge, Airbus, ArcelorMittal) et de la pharmacie (Sanofi).



troubaa a écrit:D’ailleurs les climato-alarmistes gavés de dons et de subventions étatiques ne sont pas du tout corrompus. Non non non. Du tout !  Ils n’ont aucun intérêt financier à être climato-alarmiste. Pas de coup commercial à réaliser, pas de carrière brisée pour opinion divergente.
Bha non c’est des gens bien. (c’est écrit sur bastamag c’est dire comme c’est vrai )
Ils ne sont pas comme les fascistes du XXI° siècle (appelé aussi climato-négationiste) comme on essaye minablement de faire passer les climato-sceptiques.


faux j'avais d'ailleurs transmis les chiffres de ce lobbyng, les entreprises libérales qui ont intérêt a continuer leur business pour leur croissance de m.. mettent des millions de dollar sur la table pour retarder les normes qui les contraindrait a se limiter. c'est pas nouveau, et il faut etre soit bien naif, soit bien hypocrite pour le nier !


troubaa a écrit:On sait que les climato alarmiste dans leur immense bonté démocratique et humaniste aimeraient tuer financièrement, politiquement médiatiquement et professionnellement tous les climato sceptiques. La contestation est interdite ! Une seule Voie !   Pourquoi ? Parce leurs certitudes ne sont basées que sur de la corrélation et non de la causalité. Donc leur argumentaire est fragile. Très. Il faut faire taire les opposants. Etouffer la contestation. Profiter des subventions


tiens, le coup du martyr, tu étais décidément au mieux de ta forme au moment ou tu as écrit ce post  Smile

troubaa a écrit:Bref quand le scepticisme devient un crime. Redevient un crime pour être juste.
Dédé dirait que l’histoire est un éternel recommencement.

Cela s’appelle du racisme idéologique.


Ca fait quoi d’être dans le camp des intolérants komyo ?

Je suis dans le camp de scientifiques et cela me suffit !  si demain celui ci change d'avis je resterai dedans.
C'est la différence entre nous !

(cela me rappelle un autre poste sur la disparition du travail et les conservateurs...)


tiens pour toi, un article a ne pas lire !
http://www.les-crises.fr/portrait-dune-bien-triste-amerique-interview-du-journaliste-michel-floquet/

pourtout il y dit ça :
Ce pays a mille qualités ! Et j’y ai rencontré des gens formidables. Ainsi, j’ai toujours été frappé de voir à quel point les gens comptent d’abord sur eux-mêmes. Ils n’attendent pas qu’on les assiste. En cas de catastrophe, un ouragan par exemple, la première chose qu’ils disent, c’est : «On va reconstruire». Ils ne commencent pas par chercher un responsable et expliquer qu’ils vont porter plainte.

Dans le même temps, les Etats-Unis sont un pays où la vitalité, la créativité, l’énergie sont extraordinaires. Les Américains n’hésitent pas à prendre des risques : si vous avez une idée jugée originale, on croit en vous et on vous aidera à la réaliser.


_._._._._._._._._._._._


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Re: Elections aux Etats-Unis : l’argent du CAC 40 irrigue toujours les candidats climato-sceptiques

Message par troubaa le Jeu 3 Nov - 15:24

komyo a écrit:
Je suis dans le camp de scientifiques et cela me suffit ! !

Bonne nouvelle voila que tu vas :
- Accepter la réfutation scientifique
- Accorder de l’intérêt aux hypothèses divergentes et scientifiquement fondées.
- Demander les sources scientifiques des données brutes des températures. (pourquoi est ce caché ?)
- T'inquiéter des manipulations statistiques qui se succèdent chaque année concernant les températures du passé (par exemple en 2010 les températures du début XX° siècle était plus élevés que celles annoncées en 2016 pour ce même début du XX° siècle !)
- T'interroger sur ce qu'est une moyenne de température terrestre, comment la mesurer, suivant quel critère  quel méthode.pour quel résultat et objectif  ?
- T’interroger sur comment estimer la température dans une zone où elle n'est pas relevée ?
- T'interroger sur comment fait-on pour connaitre la moyenne des températures terrestres sans mesurer l'intégralité de la température sur terre a une époque où la globalité de la terre n’était pas connue.  (bigre quand on y pense...)
- T'interroger sur pourquoi les mesures satellitaires de températures sont moins alarmistes que les mesures terrestres.
- Accepter le débat scientifique sans insulter ceux qui ne partagent pas ton idéologie (ça va être dur pour toi non ? le plus dur surement)


En un mot tu t'ouvres à la curiosité et à l'interrogation scientifique !

C'est une grande nouvelle !

Le nouveau Komyo est arrivé (un peu plus tot que le beaujolais nouveau tiens !)

Il tourne le dos à l'obscurantisme et s'ouvre au SAVOIR !
Il tourne le dos à la croyance prémâchée et s'ouvre à la CONNAISSANCE scientifique !

Toutes mes félicitations !

Youppie ! Champagne !

NB : Pour rappel :
Le GIEC n'est pas un organisme scientifique mais politique.
Étrangement, si j'ose dire, dans n'importe quelle académie de science, quelque soit le pays, tu y verras beaucoup plus de débat et de contradiction qu'au GIEC.
Mais qu'écoute les médias et les politiques ?  Le GIEC. Uniquement le GIEC.

Si tu te décides d’écouter les scientifiques tu vas découvrir un autre monde, avec beaucoup moins de certitudes et beaucoup plus d'interrogation.


_._._._._._._._._._._._


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Re: Elections aux Etats-Unis : l’argent du CAC 40 irrigue toujours les candidats climato-sceptiques

Message par komyo le Jeu 3 Nov - 19:18

bien sur, si demain la communauté scientifique tire un trait sur l'origine anthropique du changement climatique, je suivrai leur avis. Mais vu l'évolution des modèles, c'est pas demain la veille.
Concernant le giec, ta définition en est fausse, du coup je la remets in extenso !  en soulignant quelque point qui me semblent important
MAintenant si c'est plus simple pour toi de penser que c'est gens n'ont aucune compétence, alors qu'ils sont eu top de leur discipline, pourquoi pas en terme de communication, plus c'est gros, plus ça peut passer chez les gens qui ne se basent pas sur des faits !  on le voit avec d'autres théories du complot ici ou là !   Cool



Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec [2][2] En anglais, IPCC : Intergovernmental Panel on Climate...) a été créé en 1988, à la demande de ce qui était alors le G7 [3][3] Groupe de discussion et de partenariat économique associant..., par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et l’Organisation météorologique mondiale, qui dépend des Nations unies. Sa mission est de produire une expertise scientifiquement établie sur l’état du climat et son évolution, et de faire accepter les avis des experts par les représentants de tous les gouvernements à l’ONU. L’expertise est faite par des spécialistes venant des sciences de la nature, mais aussi de l’économie et des sciences politiques, tous mandatés par les gouvernements. Le travail d’expertise est réparti sur trois groupes de travail : aspects scientifiques du système climatique et du changement climatique (groupe 1) ; conséquences du changement climatique, effets sur les systèmes naturels et socio-économiques, options d’adaptation (groupe 2) ; options pour atténuer le changement climatique, notamment par des actions en vue de limiter ou de prévenir les émissions de gaz à effet de serre (groupe 3). Les experts du Giec dépouillent la littérature scientifique publiée dans des revues en comité de lecture, en font la synthèse, et rédigent un état de la connaissance qui est renvoyé à la communauté scientifique pour évaluation. Après plusieurs allers-retours, le Giec publie de volumineux « rapports d’évaluation » (cinq à ce jour, en 1990, 1996, 2001, 2007 et 2013-2014). Ils comprennent trois parties, une par groupe de travail, et sont assortis d’un rapport de synthèse et d’un « résumé à l’intention des décideurs » (entre 20 et 30 pages). Tous ces documents sont publics, accessibles en ligne sur le site du Giec. Le résumé pour les décideurs présente les messages les plus importants qui font consensus parmi les experts. Il est approuvé ligne par ligne dans les assemblées générales du Giec, qui réunissent les délégations gouvernementales. Ces délégations peuvent être composées d’experts, d’administrateurs, de représentants d’ONG. Leur composition et leur nombre sont variables selon les États. Chaque État dispose d’une voix – encore que l’adoption du résumé soit moins un vote qu’un processus d’approbation. Approuvé par les délégations de tous les États, le résumé pour les décideurs ne peut être contesté par aucun gouvernement. Il exprime un consensus hybride, mi-politique, mi-scientifique, puisque les experts scientifiques du Giec ont un droit de regard sur sa formulation : le résumé peut délivrer une formulation atténuée ou sélective de l’état de la connaissance établi dans les rapports complets, mais il ne peut ni la trahir ni l’ignorer.
2
Cahiers philosophiques : Qu’y a-t-il de remarquable dans la création et la composition du Giec ?
3
Anouk Barberousse : Avant tout, le Giec est né d’une initiative des scientifiques, des membres de l’Organisation météorologique mondiale précisément, qui, au vu de ce qu’ils constataient dans leurs travaux, ont pensé qu’il fallait impérativement faire connaître les résultats dont ils avaient connaissance. Ils ont agi au niveau des Nations unies, parce que cela paraissait le plus efficace, et que cela recoupe aussi l’activité de l’ONU. Au départ, il y a donc une préoccupation des scientifiques. On n’est pas dans le cas de figure plus classique où des décideurs adressent une commande à des experts. Là, ce sont les scientifiques qui ont éprouvé l’obligation d’alerter les responsables des États.
4
C. P. : En quoi le Giec constitue-t-il une forme et une communauté originales d’expertise scientifique ?
5
A. B. : Il s’agit d’une organisation absolument nouvelle, qui fait intervenir tous les États, recueille les résultats de toute la littérature scientifique sur le climat et son évolution, et a des effets sur les politiques gouvernementales, mais aussi sur le travail des scientifiques dans les sciences du climat. Le Giec n’a pas vocation à produire des connaissances. Dans le cadre du Giec, ses membres ne produisent pas des articles scientifiques, ils évaluent les articles parus. Néanmoins, le Giec joue un rôle très important dans l’évolution des connaissances. Ce qui est également remarquable est que le Giec cultive une démarche réflexive sur sa propre pratique, à partir de son histoire, de ses échecs, et des moyens de les surmonter. Donc, pour moi, c’est une organisation complètement originale, très intéressante, et sans doute un modèle pour d’autres organisations qui vont se constituer prochainement, notamment sur la biodiversité, et peut-être sur l’eau, plus tard. Le modèle est appelé à se généraliser. Il est vraiment international, et cela de façon assez volontariste. Dans les faits, la recherche est tellement déséquilibrée entre les pays du Nord et du Sud que la parité ne peut être qu’approximative. Mais c’est là que se situe le volontarisme : par rapport à d’autres organisations scientifiques, le Giec se distingue par son effort, réel et important, pour réduire les conséquences des disparités évidentes, économiques et politiques. C’est remarquable en soi. Ce qui est remarquable aussi, évidemment, c’est sa composition : outre les scientifiques, le Giec réunit des représentants de presque tous les gouvernements du monde et des ONG. Certes, le gros du travail est établi par les scientifiques, ce sont eux qui peuvent dépouiller les articles scientifiques et rédiger les rapports. Mais dans les assemblées générales où sont votés les résumés à destination des décideurs, il est très important qu’il n’y ait pas que des scientifiques. C’est la vocation même du Giec, ce pourquoi il a été créé. Il y a malgré tout l’espoir, l’idée que les résumés pour les décideurs deviennent des contraintes internationales. Ce sont des recommandations, ils ont une force de normes. Il est donc important, et c’est leur but et celui de l’organisation, que ces résumés soient acceptés le plus largement possible : par les scientifiques, et par les représentants des gouvernements et des ONG.
6
C. P. : Dans les résumés pour les décideurs, le dernier mot revient-il aux scientifiques ?
7
A. B. : Les formulations sont le résultat d’un vote, d’une approbation. C’est un processus démocratique, au même titre que toutes les émanations de l’ONU, ni plus ni moins. La décision réelle appartient à ceux qui sont encore là à 5 heures du matin, à l’issue de la négociation. Tous les représentants ne sont pas présents.
8
C. P. : Une fois que le résumé est voté, comment est-il relayé, diffusé ?
9
A. B. : Tous les rapports du Giec sont publiés sur son site. Ce travail de publication est en soi très précieux. Cette connaissance est publique, tout le monde peut y avoir accès, s’y référer, s’appuyer dessus dans les négociations à l’échelle nationale ou régionale. C’est une référence pour les décisions à venir. Il est difficile d’en mesurer le véritable impact, mais elle existe. C’est absolument inédit. Sur quelque sujet que ce soit, on n’a jamais disposé, à l’échelle mondiale, d’un tel assemblage de données scientifiques, validées non seulement par les scientifiques, mais aussi par les gouvernements et les ONG. Tous les rapports sont publics, disponibles, accessibles : ils ne sont pas tenus secrets, il ne s’agit pas d’informations qui seraient connues uniquement des chefs de gouvernement, par exemple, ou d’un cercle restreint.
10
C. P. : Qui sont les personnes présentes lors des assemblées du Giec ?
11
A. B. : Ce sont des représentants des gouvernements. Cela dépend. Ce sont des gens nommés soit par le ministre concerné, soit par son cabinet. Dans les petits États, cela peut être un véritable appel à la population. Les représentations sont très variables selon les pays, et cela dépend aussi des enjeux, de l’importance que chaque État accorde au travail du Giec. Il peut y avoir un seul représentant pour un État, qui ne parle pas forcément anglais, alors que d’autres États envoient vingt ou trente représentants. C’est aussi très variable dans le temps. Ce sont des processus qui se mettent en place, tout bouge tout le temps. En tout cas, il n’y a pas une disparité Nord/Sud au niveau du nombre de représentants dans les délégations. Certains pays du Sud envoient des délégations importantes, quelques pays du Nord n’envoient personne.
12
C. P. : Qu’est-ce qui fait l’originalité du travail d’expertise du Giec ?
13
A. B. : Rappelons d’abord que les membres du Giec n’ont pas, en tant que tels, vocation à faire des découvertes. Leur but est de réunir, tous les cinq, six ou sept ans, le meilleur de la connaissance sur l’évolution du climat. Le résumé pour les décideurs est bien sûr basé sur les rapports scientifiques, qui sont des rapports d’évaluation des travaux, ce que les scientifiques font de toute façon couramment dans leur métier. Cela fait partie de leur activité professionnelle : on leur donne des articles et ils les évaluent. Dans le cadre du Giec, ils évaluent collectivement les différentes avancées, les performances des différents modèles climatiques existants. Ils lisent ce qui est paru depuis le dernier rapport, et ils essaient de voir ce qui marche, ce qui ne marche pas. C’est un travail commun d’évaluation par les pairs, qui est un aspect ordinaire du travail des scientifiques. Ce qui est nouveau et différent, c’est l’étape suivante : le résumé pour les décideurs. C’est un travail que les scientifiques ne font d’ordinaire jamais. C’est la tâche d’expertise du Giec proprement dite, et qui pose de grosses difficultés. Le problème n’est pas ici de répondre correctement à une demande extérieure, comme c’est le cas dans beaucoup d’autres expertises. Dans le cadre du Giec, les experts répondent souvent à leurs propres questions. Mais ils doivent communiquer leurs résultats à des gens qui n’ont aucune culture scientifique, et qui n’ont d’autre part aucune idée de ce qu’est une démarche scientifique. Le résumé pour les décideurs est un très gros travail, auquel les scientifiques ne sont pas du tout habitués. Quand on parcourt les rapports dans l’ordre chronologique de leur parution, on voit leur évolution dans ce travail considérable de recherche de la meilleure manière d’exprimer telle idée, de communiquer. Cela fait partie de la réflexivité de la démarche, qui est impliquée par l’initiative originale des climatologues, puisque ce sont eux, au départ, qui ont souhaité faire comprendre les problèmes de l’évolution climatique. Or, la communication des connaissances scientifiques ne s’improvise pas, elle réclame un effort spécifique et une adaptation. Les membres du Giec n’anticipaient pas les problèmes ni les incompréhensions qu’ils ont rencontrés ; ils y réagissent. C’est une situation inhabituelle pour l’expertise scientifique. Ordinairement, les scientifiques donnent leur réponse et ensuite, on s’en sert ou pas. Le cas du Giec est très différent : là, les scientifiques se sont donné un but politique. Puis ils ont découvert la difficulté de la tâche. Ils ne s’adressent plus à des confrères ou à des étudiants, mais à des gens qui n’ont aucune idée des difficultés de la recherche scientifique, dans un domaine où, de plus, il y a beaucoup d’incertitudes. Ce mot d’« incertitude » est en lui-même problématique, parce qu’il est très mal compris. Le cœur du problème tient à la nature même de la recherche scientifique, qui n’a pas vocation à donner des réponses définitives. Dans la recherche scientifique, quand on a réussi à formuler une hypothèse, forcément provisoire, on est content. Mais du point de vue pratique, politique, avec une hypothèse, on ne fait rien, on ne peut pas prendre de décision. Le Giec est donc confronté à ce problème : il s’adresse à des gens qui, méconnaissant complètement la nature du travail scientifique, attendent des choses que les scientifiques ne peuvent pas leur donner. Le Giec doit donc jeter un pont entre ce que les scientifiques peuvent faire, et les attentes.
14
C. P. : Une des caractéristiques du résumé pour les décideurs est qu’on ne voit jamais un texte scientifique, ou émanant d’une communauté scientifique, comportant autant d’indications sur le degré de probabilité des assertions. À chaque affirmation est associée une indication sur son degré de certitude, apprécié par les comités de rédaction des rapports, exprimé en termes qualitatifs (de très faible à très élevé) et, quand c’est possible, en termes de probabilité (d’extrêmement improbable à extrêmement probable).
15
A. B. : C’est un effort qui remonte au quatrième rapport. Les auteurs ont pas mal réfléchi au problème d’exprimer des valeurs probables dans les langues naturelles et ils ont mis au point une liste d’expressions. Il y a un petit rapport intermédiaire sur l’expression des incertitudes [4][4] Voir www.ipcc.ch/pdf/supporting-material/uncertain.... Le résultat n’est pas parfait, d’abord parce que, pour le coup, ce n’est pas leur spécialité. On dispose déjà de nombreux travaux sur cette question, notamment en psychologie où toute une littérature sur l’interprétation des probabilités et des statistiques existe, qui est pertinente, mais que les auteurs des rapports ne connaissent apparemment pas. Les climatologues et les statisticiens du climat font des modèles dont ils interprètent les résultats pour eux-mêmes, mais leur métier n’est pas de faire comprendre ces résultats à des gens qui ne maîtrisent pas le formalisme. Ainsi, ce qu’ils ont fait dans ce domaine reste encore assez naïf, pas très cohérent, et présente pas mal de défauts. Mais il est déjà remarquable qu’ils aient fait cet effort. Ils ont pris conscience d’un problème, et ils ont essayé de le résoudre. C’est une étape, je pense que cela va évoluer.
16
C. P. : Le Giec réalise et présente la synthèse des connaissances produites par les sciences du climat. Quels sont les principes de la climatologie ?
17
A. B. : À la base, il y a quelque chose de simple et de non problématique, qui est le fondement des modèles. Le climat, ce sont des fluides, l’atmosphère et les océans qui bougent ou qui tournent autour de la Terre. Leur étude repose sur des principes physiques bien connus, parfaitement établis depuis au moins cent cinquante ans, qui constituent le cœur physique des modèles. C’est de la physique très robuste, très solide, sur laquelle personne n’a aucun doute. C’est très précieux, ce n’est pas le cas pour tous les phénomènes. Ensuite interviennent les particularités de la surface de la Terre : il n’y a pas que des océans, les températures sont différentes selon la position par rapport aux pôles, il y a les différences de vitesse de rotation à la surface de la Terre. Il faut modéliser les mouvements de l’atmosphère, saison après saison, puis les coupler avec ceux des océans, avec ce qui se passe sur la terre ferme… C’est monstrueusement compliqué, mais les équations de base constituent là aussi un socle très solide. Il y a des phénomènes parfois extrêmes qu’on sait très bien expliquer et prévoir, par exemple la mousson. C’est un phénomène qui relève à la fois de la climatologie – parce qu’il revient tous les ans, régulièrement, et on sait l’expliquer à grande échelle – et de la météorologie pour les prédictions à court terme. Climatologie et météorologie reposent sur les mêmes principes : il s’agit de décrire les mouvements dans l’atmosphère, des mouvements d’air plus ou moins chargé d’humidité, où il peut y avoir de l’eau liquide, de la glace, des différences de température. La météorologie fait cela à l’échelle de quelques heures ou de quelques jours, alors que les modèles de climatologie traduisent ces mouvements à l’échelle de dizaines d’années. Ce sont les mêmes principes, mais pas tout à fait les mêmes modèles. Les modèles météorologiques sont locaux – sinon cela n’a aucun intérêt. Les modèles climatologiques sont globaux. On commence à peine à avoir des modèles climatologiques régionaux. Il est difficile de particulariser les prédictions des modèles globaux à l’échelle d’un continent, ou à plus petite échelle, parce que cela demande d’intégrer beaucoup de données supplémentaires. Le cœur physique des modèles ne pose aucun problème ; ce qui est difficile, c’est d’intégrer toutes les informations.
18
C. P. : Quel rôle joue l’augmentation de la puissance de calcul des ordinateurs dans le progrès des modèles ?
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A. B. : Cela joue un rôle, évidemment, au sens où plus on calcule vite, plus on peut mettre d’éléments dans le modèle. Mais la physique de base des modèles n’a pas changé avec les supercalculateurs. L’augmentation considérable de la puissance de calcul permet d’intégrer plus d’informations, de prendre en compte plus de phénomènes. Mais on ne sait pas forcément mieux interpréter les résultats. Un modèle doit opérer des simplifications, ce qui introduit des incertitudes liées au modèle. En climatologie, il y a des incertitudes liées aux données : on ne dispose pas de données depuis très longtemps, ni sur tout ce qui se passe à la surface de la Terre, et qu’on aimerait savoir. Dans les données, il y a de grands trous. On commence à les combler. Mais pour la modélisation, ce serait bien d’avoir des données sur le long terme – et on ne les aura jamais. Les reconstitutions ne sont pas des données. Sur les océans, on manque aussi de données. D’autre part, il y a des limites inhérentes aux modèles. Ils représentent l’atmosphère par un assemblage de cubes, ou « mailles », de plusieurs centaines, voire milliers de kilomètres de côté. L’intérieur d’un cube est homogène. Cela peut être de l’air à très basse température si on est très haut dans l’atmosphère, de l’eau si on est dans l’océan, de la matière solide s’il s’agit de terre émergée. À l’intérieur d’une maille, il faut que ce soit homogène. Il faut qu’il n’y ait que de la terre, ou de l’eau, ou de l’air, avec tel pourcentage d’humidité, telle température, telle pression. C’est la limite spatiale de la représentation : on ne peut pas descendre en dessous de la maille. C’est une limite très importante. On commence à peine à modéliser certains nuages, les gros, grâce à l’augmentation de la puissance de calcul. Évidemment, la représentation par mailles prend en compte l’humidité de l’air, on affecte une moyenne d’humidité à la maille. Mais représenter un nuage, c’est assez différent, parce qu’un nuage a une dynamique : entre le haut et le bas, il y a de grosses différences de composition chimique, des différences d’état (glace, eau), des gouttes plus ou moins grosses. Ces variations en hauteur ont une influence très grande sur la dynamique. Et tout cela a des conséquences importantes sur les précipitations. Il est donc plus intéressant de modéliser les nuages que d’affecter telle concentration de vapeur d’eau à une maille uniformément, ce qui ne permet pas de prendre en compte une dynamique. C’est ce qu’on appelle la paramétrisation : on remplace des phénomènes, des réalités physiques dont on sait qu’elles existent mais qu’on ne sait pas représenter dans le modèle, par des valeurs moyennes.
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C. P. : Pourquoi n’y a-t-il pas un seul modèle ?
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A. B. : On peut se poser la question, puisque tout le monde est d’accord sur la physique, et que tout le monde a les mêmes données. Les météorologues et les climatologues sont parmi les premiers scientifiques à avoir constitué des bases de données communes, cela dès la fin du XIXe siècle. Il n’y a pas beaucoup de modèles globaux du climat, entre douze et quinze. Tout le monde ne peut pas financer un supercalculateur pour faire tourner un modèle. Il y a des modèles nationaux : le modèle français de l’institut Pierre-Simon Laplace, les modèles américain, japonais, australien, brésilien désormais, etc. Certains sont issus d’autres, qui les ont précédés. Mais les équipes scientifiques font aussi des choix différents sur la construction des modèles et sur ce qu’ils prennent en compte parce que, par définition, on ne peut pas tout représenter dans un modèle. Certains privilégient une étude fine de la dynamique de l’atmosphère, d’autres le contact océan-atmosphère. Il y a vingt ans, on ne pouvait pas faire les deux, donc il fallait choisir. C’est un choix drastique de ne regarder que l’atmosphère, ou de prendre en compte aussi les océans. Encore aujourd’hui, ce sont des choix de représentation qui différencient les modèles. Ils ont pour conséquences des prédictions différentes. Il est très compliqué de les tester, pour deux raisons. D’abord, là encore, on se heurte au problème du manque de données. Pour tester des prédictions ne serait-ce qu’à dix ans, il faut avoir les données clés. Et on ne les a pas forcément. On manque de stations météo, d’observations dans l’atmosphère en altitude, dans les océans – comme on peut aisément le comprendre, les données d’observation concernant les océans sont plutôt lacunaires. La deuxième raison, c’est que les modèles produisent énormément de résultats, qu’il faut moyenner pour leur donner un sens physique et pouvoir les comparer. Faire des statistiques sur les résultats des modèles, c’est très technique. Puisque la physique du climat est bien connue, la climatologie, pour l’essentiel, c’est de la statistique. Certes, il y a une partie physique, ceux qui font les modèles sont en général des physiciens, mais pour le reste, faire de la climatologie, c’est surtout résoudre des problèmes de statistique très complexes. Dans les rapports d’évaluation du Giec, les chapitres sont en grande partie constitués de statistiques. Les choix initiaux propres à chaque modèle sont bien connus, mais il faut interpréter les résultats, c’est techniquement compliqué.
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Il y a une compétition entre ces modèles, et aussi entre laboratoires, comme dans n’importe quel domaine de recherche. La compétition fait progresser les modèles, mais il y a aussi une collaboration entre eux. Assez récemment, avec le quatrième rapport du Giec, on a commencé à faire des statistiques multimodèles, en prenant les résultats de plusieurs modèles. L’intention est d’aboutir à des résultats meilleurs que ceux des modèles nationaux et, sans d’ailleurs qu’on sache très clairement pourquoi, c’est ce qui se produit. Sans doute aurait-on pris conscience de ce phénomène sans la pression du Giec, mais elle a certainement accéléré et intensifié les choses. La prise en compte des modèles des autres devient une activité centrale des modélisateurs. D’un côté, chaque laboratoire développe son modèle, de l’autre, dans un laboratoire, il doit aussi y avoir des gens qui font des statistiques multimodèles – ce qui est par ailleurs très compliqué. Mais les résultats sont meilleurs, sans que les raisons soient très claires. Si les choix pouvaient être représentés par des seuils répartis uniformément sur une barre, cela aurait clairement un sens de faire une moyenne. Mais ce n’est pas du tout de cette manière que se présentent les différences entre modèles climatiques. Et il n’y a pas de raison claire pour que, si l’on fait la moyenne de tous les modèles, on ait le meilleur de chaque modèle. Mais le fait est que, incontestablement, les statistiques multimodèles ont des résultats meilleurs. Là encore, si la base physique ne bouge pas, le travail statistique et ses méthodes ne cessent d’évoluer.
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C.P. : Quel rôle jouent les rétroprédictions dans les tests ?
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A. B. : Un rôle important, parce qu’un modèle qui n’est pas capable de reconstituer le climat passé est d’emblée éliminé. C’est donc un test important. Cependant, certains modèles qui reconstituent correctement le passé ne marchent pas du tout pour le futur. C’est donc un élément nécessaire, mais pas suffisant. Le Giec est né du constat scientifique d’une évolution du climat causée par des sources anthropiques. Sans doute que, sans ces sources anthropiques, il serait plus simple d’extrapoler le futur à partir du passé. Mais de toute façon, le climat est en soi un système complexe, que l’activité humaine soit une source de changement ou pas. Les sources anthropiques renforcent le problème de la prévision à long terme, elles ne le créent pas.
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C. P. : Les modèles sont globaux, mais les rapports font ensuite intervenir des scénarios différents.
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A. B. : Un scénario, c’est ce qui suit une décision politique. Ce n’est pas un choix interne au modèle, c’est un choix politique dont on prédit les conséquences à partir du modèle. La variable décisive est la réduction des émissions de gaz à effet de serre, que les modèles associent à des conséquences en termes de température. Pour le cas où on ne fait rien de spécifique pour réduire les émissions, chaque modèle va avoir un scénario différent, prédire une augmentation de la température globale différente. Mais il y a quand même beaucoup de choses en commun entre les divers modèles. Les différences se situent toutes au sein d’une trajectoire qui est globalement la même. Si on ne fait rien – et même si on agit –, la température globale va augmenter, c’est sûr ! Tous les modèles vont dans ce sens-là. Ce qu’il est très difficile de prévoir, c’est de combien de degrés exactement. L’augmentation de la température globale est devenue la valeur symbole du changement climatique, mais on aurait pu prendre d’autres variables, comme l’augmentation des températures extrêmes, ou des températures minimales, cela aurait été tout aussi important, significatif, voire dramatique. On a choisi l’augmentation de la température moyenne globale, qui est très parlante, mais assez difficile à interpréter. Ce qui aurait un sens concret pour les gens, c’est par exemple l’augmentation de la température moyenne à Paris ou à Nice. Mais cela, on ne peut pas le calculer. D’autre part, le choix d’une valeur globale a un sens pratique et politique : une valeur globale désigne un problème global qui ne peut avoir qu’une réponse globale. D’où le choix de l’ONU. En un sens, c’est un pari, mais de toute façon, les modèles ne pouvaient pas faire de prédictions régionales. On commence à pouvoir le faire, ce qui fait naître des discussions sur la possibilité de prendre d’autres valeurs représentatives, symboliques.
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C. P. : Les sciences du climat constituent manifestement une communauté scientifique comme les autres. Elles travaillent sur des modèles dont le cœur physique est très solide. Ces sciences font des progrès. Elles se distinguent par une réflexivité poussée sur les méthodes et sur la communication des résultats. Dans ces conditions, que penser du climato-scepticisme ? Au vu de tout ce que vous avez dit, il n’y a pas de raison de se focaliser sur cette question. Cependant, elle existe dans le public. Non pas que les gens se définissent comme climato-sceptiques, mais beaucoup pensent que c’est une question importante.
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A. B. : Pour moi, c’est essentiellement lié aux incertitudes dont nous avons déjà parlé, et aux difficultés de la communication de résultats scientifiques, qui sont incertains et provisoires par nature. Par ailleurs, le changement climatique et ses causes constituent un domaine où sont évidemment en jeu des intérêts économiques gigantesques. On ne peut pas s’attendre à ce que les travaux du Giec ne suscitent aucune réaction, aucune critique. Cependant, il y a eu des changements, des avancées dans la discussion. Plus personne aujourd’hui ne pourrait objecter aux résultats du Giec qu’« il ne s’agit que de modèles », contrairement aux domaines de la physique où l’on a des théories. Ce n’est plus une critique audible. Il est question de cela dans le film d’Al Gore [5][5]  Une vérité qui dérange (An Inconvenient Truth),... – incidemment, alors qu’il est sorti en 2006, il est aujourd’hui complètement dépassé ; compte tenu des progrès de la connaissance, et du changement climatique, il faudrait le refaire. Tout change très vite, y compris au sein du Giec. Pour revenir au climato-scepticisme, ce n’est pas un problème scientifique mais un problème de communication scientifique.
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C. P. : La construction sociale du problème n’est pas la même partout. En France, aucun parti politique ne se présente ouvertement comme climato-sceptique. Aucun grand groupe industriel non plus, à ma connaissance. Un peu curieusement, en France, la controverse a été alimentée par des scientifiques.
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A. B. : Aux États-Unis aussi, des scientifiques se sont déclarés climato-sceptiques. Cela fait partie du problème de la communication des résultats scientifiques. Quand un physicien, un prix Nobel de physique, dit qu’il est climato-sceptique, il a un poids en raison de son autorité épistémique. Pourtant, il ne devrait pas faire autorité hors de son domaine de compétence. Ce problème ne concerne pas que les sciences du climat. En général, les critiques de la science par les scientifiques ne proviennent pas de l’intérieur du domaine concerné, elles sont émises par des scientifiques sans autorité particulière sur ce qu’ils critiquent. Il peut y avoir des débats internes à un domaine, et même des controverses très importantes. Mais ce n’est pas le cas dans les sciences du climat, où les débats se déroulent sur le fond d’un consensus très large, et où les critiques viennent de l’extérieur. Il n’y a ni problème scientifique ni problème épistémologique. Le problème est donc politique, et surtout économique. Pourquoi des scientifiques qui ne travaillent pas sur le climat, qui ne publient pas de travaux sur le climat évalués par des pairs au sein des comités de lecture des revues scientifiques, déclarent-ils leur scepticisme ? Il y a une propension de nombreux scientifiques à donner leur avis. De plus, ils ont un statut d’expert, et c’est bien cela qu’on demande aux experts : leur avis. Donc, ils le donnent. Mais du point de vue scientifique, la force du Giec, depuis le début, est de s’adosser à une communauté scientifique tout entière, dont les membres marchent ensemble. Sous l’aspect de l’autorité épistémique, c’est très fort. Les affirmations les plus générales et les plus importantes produites par le Giec sont incontestables, dès lors que l’on accepte la qualité du travail de cette vaste communauté. Pour la critiquer, il faut avoir des arguments très forts. En fait, les bons arguments ne pourraient et ne devraient venir que de l’intérieur de cette communauté. Or, si elle connaît des débats, comme toute communauté scientifique, elle est fortement unie sur la thèse que les climato-sceptiques contestent, à savoir la réalité du réchauffement climatique, ainsi que ses causes humaines. Il est donc logique que les climato-sceptiques en viennent à mettre en cause le fonctionnement du Giec et l’accusent de fonctionner en vase clos, sans ouverture à la discussion et aux points de vue adverses. Il s’agit pourtant d’une communauté scientifique comme les autres. Ce n’est pas son fonctionnement qui est particulier, mais l’initiative qu’elle a prise de faire connaître ses résultats et de passer par l’ONU. Si elle est fermée, c’est au sens faible où, pour y appartenir et s’y faire écouter comme expert, il faut être un scientifique qui travaille dans le domaine des sciences du climat. Pour le reste, les experts du Giec se renouvellent, c’est une communauté vivante, traversée par de nombreuses discussions et où rien n’est fermé. De plus, les membres du Giec passent énormément de temps à répondre aux objections. Enfin, ils rendent tout public : les procédures, les méthodes, les débats, tout est transparent. Cela ne ressemble pas vraiment à un complot. L’accusation de fermeture n’est donc pas du tout plausible. Ajoutons une précision qui a son importance : la plupart des experts du Giec collaborent au Giec en plus de leur travail. C’est parce qu’ils font un travail scientifique qu’ils peuvent être experts au Giec. Ils font donc cela en plus de leur travail de recherche, de la direction de thèses, etc. Cette initiative, qui vient des scientifiques, leur demande beaucoup de temps et de travail.
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Jusqu’à une époque récente, les climatologues formaient une communauté relativement restreinte, qui travaillait tranquillement et avait déjà développé des procédés originaux et modernes, comme le partage des données. Les autres communautés ne le faisaient pas, ou moins, du fait de la compétition entre laboratoires. Les climatologues ne jouissaient pas d’une aura très brillante parce qu’en climatologie, sans ordinateurs, on est limité. Avec le progrès des supercalculateurs, et compte tenu de l’importance de leur objet, ils sont devenus en quelque sorte une communauté modèle. Et ils ont pris leurs responsabilités, ils ont décidé de prendre une responsabilité politique. En même temps, si quelqu’un découvre un incendie, il ne va pas se taire. Il y a une trentaine d’années, ils voyaient clairement le phénomène du réchauffement climatique d’origine anthropique, ils avaient une idée de ses conséquences. Donc, ils ne pouvaient qu’agir. Mais cela a pris des proportions gigantesques, et collaborer au Giec n’est pas le cœur du travail des climatologues. L’évaluation des travaux des scientifiques fait partie de leur travail ordinaire, mais pas le fait de passer des heures à négocier avec des représentants des gouvernements. Par ailleurs, si le Giec en tant que tel ne produit pas de connaissances, il a un impact sur la production de connaissances. L’existence du Giec exerce une pression positive sur le travail des climatologues, comme on l’a vu avec les statistiques multimodèles. Sans le Giec, on y serait sans doute venu, mais probablement pas de manière aussi rapide et efficace.
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C. P. : Peut-on considérer que le Giec a un effet sur l’orientation des recherches ?
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A. B. : On ne peut pas répondre à cette question sans avoir fait des études précises. Ce qui est sûr, c’est que les climatologues ont à l’esprit l’existence du Giec quand ils travaillent. Prenons le modèle climatique français. Tous les membres des différents laboratoires de l’institut Pierre-Simon Laplace savent que leur travail va devenir des morceaux du rapport du Giec. Leur travail s’inscrit dans la compétition scientifique normale, mais il y a une première spécificité : ils savent que leur travail, au niveau mondial, va se retrouver dans les rapports du Giec. La deuxième spécificité réside dans le fait qu’ensuite, il va falloir convaincre les dirigeants politiques. Le Giec inscrit l’activité des climatologues – de la science pure et très complexe dans sa réalité quotidienne et concrète – dans un contexte politique. Tous les gros laboratoires sont conscients de cela. Cela fait une grosse différence par rapport à des laboratoires dont le travail n’a aucune répercussion politique et sociale directe.
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C.P. : N’y a-t-il pas une dynamique entre les travaux du Giec et les intérêts ou attentes de certains pays ou groupes de pays ? Tous les pays ne sont pas concernés de la même manière par le changement climatique, et tous n’ont pas le même rapport à ce problème commun. Certains pays attirent l’attention sur les problèmes qui sont les leurs, par exemple les événements climatiques extrêmes. D’autres posent le problème de l’adaptation aux conséquences du changement climatique (l’autre forme de réponse humaine, avec la réduction des émissions de gaz à effet de serre), les pays en développement estimant qu’ils sont les plus vulnérables et demandant une aide spécifique.
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A. B. : Indubitablement, ces demandes ont un effet important. Pour l’instant, nous avons surtout parlé du premier groupe de travail du Giec, qui fait la synthèse des éléments scientifiques. Mais le groupe n° 2 travaille sur les effets du changement climatique sur les écosystèmes et sur les systèmes sociaux, et sur la question de l’adaptation, aux niveaux mondial et régional. Sur le problème de l’adaptation, au départ, les physiciens étaient assez démunis. Mais le dialogue interdisciplinaire a beaucoup évolué et progressé. Par exemple, pour les recherches sur les événements extrêmes, il faut de la physique, mais il faut aussi prendre en compte les effets sur les écosystèmes pour évaluer les impacts sur les populations. Ces éléments doivent être intégrés. Certains thèmes réclament une plus grande intégration, donc une plus grande interaction. Il s’agit d’une évolution importante, en grande partie induite par des demandes, en effet. On se rapproche alors plus d’une situation d’expertise classique, où les experts répondent à une demande. C’est une évolution. Au départ, l’originalité du Giec est qu’il résulte avant tout d’une initiative des scientifiques. Mais dès lors que l’organisation s’est constituée et est reconnue comme le pôle d’expertise mondial sur les questions climatiques, il reçoit des demandes qui viennent de l’extérieur du monde de la science.
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C. P. : Au terme de cet entretien, y a-t-il une idée importante sur laquelle vous aimeriez conclure ?
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A. B. : Pour le dire de façon très directe et simplifiée, outre les problèmes liés à l’activité scientifique de recherche, le problème le plus important auquel le Giec est sans cesse confronté est l’absence de culture scientifique, notamment chez le personnel politique. C’est un obstacle majeur. Pour le scientifique qui travaille dans son laboratoire et qui fait des modèles du climat depuis trente ans, il y a un immense chemin à parcourir. Au départ, il lui est pratiquement impossible de parler à quelqu’un qui n’a aucune culture scientifique. Les scientifiques ont beaucoup de mal avec cela. Les malentendus autour du Giec, les critiques qui lui sont adressées, viennent en grande partie de ce que les hommes politiques, et au-delà le public, n’ont aucune idée de ce qu’est le travail scientifique, de ses méthodes, et de la manière dont fonctionne une communauté scientifique.
Notes

[1]
Anouk Barberousse, professeur d’histoire des sciences à l’université de Lille 1 (Sciences et technologies), s’est intéressée au Giec à partir d’un problème de philosophie des sciences concernant l’usage des statistiques dans les sciences du climat : dans les rapports du Giec, les statistiques classiques et les statistiques bayésiennes sont juxtaposées et collaborent de manière pragmatique. Pour tel problème, on emploie les statistiques classiques ; pour tel autre, les statistiques bayésiennes sont considérées comme meilleures. Or, d’un point de vue philosophique, soit on est classique, soit on est bayésien, mais on ne peut pas être les deux en même temps. La présentation du Giec semble donc poser un problème de cohérence. Anouk Barberousse va bientôt publier un article sur cette question. Dans les Cahiers philosophiques, Anouk Barberousse a publié « Les conditions de possibilité de la mesure » (Mesurer, n°135, 2013 , p. 7-22).
[2]
En anglais, IPCC : Intergovernmental Panel on Climate Change.
[3]
Groupe de discussion et de partenariat économique associant l’Allemagne, le Canada, les États-Unis, la France, l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni, dont les chefs d’État ou de gouvernement se réunissent chaque année à l’occasion d’un « sommet ». En 1998, le G7 est devenu le G8 en s’élargissant à la Russie.
[4]
Voir www.ipcc.ch/pdf/supporting-material/uncertainty-guidance-note.pdf
[5]
Une vérité qui dérange (An Inconvenient Truth), 2006, film documentaire de Davis Guggenheim, à partir d’une présentation multimédias d’Al Gore.
Résumé

Français
La conscience, largement répandue dans le monde entier, des problèmes liés au réchauffement climatique n’existerait pas sans les travaux du Giec, le Groupe international d’experts de l’ONU sur l’évolution du climat. Sa création et ses méthodes constituent une innovation décisive en matière d’expertise, puisque jamais auparavant on n’avait réuni un groupe international de savants évaluant la production scientifique mondiale et rendant publics leurs résultats. Même le débat complètement biaisé animé par les « climato-sceptiques » présuppose la reconnaissance d’une instance experte inédite. Dans l’entretien qu’elle nous a accordé, Anouk Barberousse, philosophe des sciences, revient sur ce qui fait du Giec une communauté d’expertise originale  [1] .
Pour citer cet article

Propos recueillis le 10 avril 2015 par  Lauret Pierre, Entretien avec Barberousse Anouk, « Le GIEC, une communauté d’expertise originale », Cahiers philosophiques 3/2015 (n° 142) , p. 121-131
URL : www.cairn.info/revue-cahiers-philosophiques-2015-3-page-121.htm.
DOI : 10.3917/caph.142.0121.
https://www.cairn.info/revue-cahiers-philosophiques-2015-3-page-121.htm


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